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La tribune du commerce international

Francis Massé : Refonder le politique, mettre les entreprises au cœur du système

A l'heure où un nouveau Président prend les rênes de la France et dans l'attente de la nomination d'un nouveau gouvernement et des résultats des législatives, il est temps d'imaginer de nouvelles logiques de Pouvoir, temps aussi de faire évoluer la société, de penser aux entrepreneurs et de leur donner la parole. C'est la conviction développée par Francis Massé dans ses trois livres sur le rôle du politique dans la bonne gouvernance d'un état. Après « Le silence politique », suivi de « Le citoyen, clef de l'Europe », il fait paraître un troisième livre : « Refonder le politique ».

« Face aux crises, nous avons besoin d’un nouvel Etat plus aguerri ». Secrétaire général de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), Francis Massé, énarque, haut fonctionnaire, est un des fondateurs du Cercle de la réforme de l’Etat. « Il faut repenser l’Etat-Stratège et refonder le politique en s’appuyant sur la vie quotidienne » affirme t-il. Jusqu’ici, la culture a toujours été considérée comme le parent pauvre et pourtant, pensons seulement aux industries du luxe, aux architectes innovants, ils génèrent des emplois, attirent des touristes, redorent l’image de la France. Il faut que le politique encourage aussi ceux qui redonnent la vie aux quartiers, toutes les initiatives qui contribuent à dynamiser les terroirs, les capitales régionales, à offrir du bonheur à vivre aux habitants d’une ville, d’une région.

« Alors que nous sommes au plus fort d’une crise européenne qui voit la Grèce menacée de banqueroute, les dettes souveraines en hausse, la concurrence internationale qui s’aiguise, la désindustrialisation qui gagne du terrain, est-ce vraiment sérieux de penser à la culture, à une politique de civilisation ? » nous direz-vous.  Francis Massé repense le rôle clé de la puissance publique : « On est dans une crise plurielle profonde, non seulement financière, mais aussi morale, sociale, économique. Nos gouvernants ont besoin d’un Etat rénové, en capacité d’imaginer des stratégies nouvelles et de mettre en œuvre des politiques publiques audacieuses et surtout efficaces… »

Car les crises sont une im-mense opportunité de faire du neuf et de changer la donne. Zygmunt Baumann souligne à juste titre « qu’à l’heure de la mondialisation, les organismes publics ne sont pas prêts à gérer cette complexité et toutes les interdépendances qui la constituent ». Il y a tant d’acteurs et tant d’organismes qu’il est difficile de gérer toute l’information qui circule. « L’Etat jusqu’à maintenant a osé se réformer mais est resté culturellement autocentré, en oubliant “le client”, l’usager du service public ».

L’Etat ne pourra pas se réformer seul si la société civile, les entrepreneurs, ne mettent pas la main à la pâte. « On a un système électif représentatif. La démocratie est importante mais il y a une autre façon pour un citoyen d’être participatif dans la vie de la société. Face à l’Etat qui fait son métier, les entrepreneurs doivent pouvoir  prendre  la parole. La maîtrise de la gouvernance publique comprend l’intégration des acteurs clés de la société civile, ceux qui créent, les artistes, les artisans comme les industriels et comme tous les entrepreneurs qui réfléchissent dans les Think Tanks ».

Souhaitons que François Hollande qui prend officiellement ses fonctions ce 15 mai, au moment même où le magazine est mis sous presse, puisse appliquer ce qu’il préconise et de se rapprocher de la base, des citoyens « normaux » et de leurs problèmes de tous les jours.

Les Pme ont envie de s’exprimer : elles se battent sur le terrain de l’international pour gagner des marchés. Elles ont des revendications justes et s’estiment porteuses de croissance, au même titre que les grands groupes. 15 propositions ont été publiées dans le “Livre Blanc” édité à l’initiative de Jean-François Roubaud, Président national de la CGPME. Les dirigeants attendent d’être rassurés sur la stabilité des décisions de l’Etat pour se projeter dans l’avenir et investir. Les Pme veulent de la proximité. C’est bien ce que le Président semble avoir  promis en parlant de décentralisation…

Francis Massé a raison : un pays doit s’occuper de sa compétitivité tout en préservant l’avenir des jeunes mais il doit écouter les besoins exprimés par les citoyens, notamment les Pme qui ont la volonté d’innover et n’ont pas peur d’aller ouvrir des marchés réputés difficiles, parce qu’elles croient aux rencontres humaines avec des partenaires étrangers.

Nicole Hoffmeister