Actualités du Commerce International
Le rapport qui veut en finir avec la “mondialisation déloyale”
Alors que le Conseil européen vient tout juste de réaffirmer le principe de réciprocité dans les objectifs commerciaux de l'Union européenne, c'est au tour d'Yvon Jacob, Ambassadeur de l'Industrie, de faire ses propositions pour lutter contre “ la mondialisation déloyale“, dans un rapport remis le 29 mars aux ministères de l'Economie, du Commerce Extérieur et des Affaires étrangères et européennes.
Organiser la remontée des informations issues des entreprises subissant des problèmes de concurrence déloyale et mettre en place une véritable surveillance du marché intérieur.
La Chine est clairement visée
« Les relations de la Chine avec l’Europe symbolisent la politique du “ Tao Guang Yang Hui”, expression chinoise utilisée pour définir une stratégie initiée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970 et qui peut symboliser les relations avec ses concurrents. Elle signifie en effet : “Cacher ses talents et attendre son heure”. Elle se fonde sur la naïveté de partenaires sous-estimant les potentialités d’une Chine choisissant l’humilité » souligne le rapport, qui pointe le déséquilibre commercial grandissant : « près de 1200 Mds d’euros de déficit commercial cumulé au détriment de l’Europe dans les échanges de produits manufacturés avec la Chine au cours des dix dernières années ».
« Surveillance du marché intérieur »
Réformer le marquage CE
Autre piste : réformer le marquage CE en mettant en place une procédure spécifique de contrôle de la conformité des produits importés. La création d’un office européen de surveillance du marché intérieur, inspiré de l’Office de lutte anti-fraude (OLAF) est aussi avancée. Le rapport souhaite reconsidérer « la situation des entreprises concurrentes des pays tiers dans l’analyse des aides d’Etat ». Là aussi,ce sont les subventions chinoises qui sont visées : « dans l’hypothèse où les actions entreprises par l’Union européenne à l’OMC pour obtenir la condamnation des subventions chinoises n’aboutiraient pas dans un délai raisonnable, entreprendre une action d’influence pour convaincre la Commission européenne de rendre plus flexible le droit des aides d’Etats par des mesures concrètes ». Parmi les autres propositions : la mise en place de « structures nationales et d’une structure européenne de coordination dédiées à la surveillance des intentions d’investissements directs d’Etats tiers dans les secteurs stratégiques et de réagir au cas par cas ».
Plus largement, c’est une réforme de la politique commerciale européenne qui est souhaitée, « notamment en obtenant de nouvelles améliorations de la procédure antidumping ainsi qu’une plus stricte application des règles de préférences généralisées (SPG) ». Le rapport envisage même une réforme de l’OMC « en une Organisation mondiale de la Régulation Economique et Commerciale ayant un mode de gouvernance amélioré plus efficace ».
S.Etaix

Ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Jospin (1997/2002), Hubert Védrine a fondé sa société de conseil en stratégie géopolitique en 2003. Face à la poussée des émergents et au déclin relatif des pays occidentaux, il prédit « une longue période d'instabilité pendant laquelle les alliances entre les pays seront multiples et à géométrie variable ».