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Actualités du Commerce International

INTERVIEW

Bernard Gaud, Président du Medef Rhône-Alpes : pour réussir à l'international, apprendre à travailler ensemble

Bernard Gaud, est depuis quelques mois le nouveau Président du Medef, pour la région Rhône-Alpes. Homme de l'international, il a parcouru le monde entier pour le compte d'entreprises qu'il a dirigées dans le secteur agroalimentaire. Il arrive au moment de la création d'une équipe régionale de l'export en Rhône-Alpes dont son syndicat est devenu signataire.

Bernard Gaud, 62 ans, multi entrepreneur dans les produits agroalimentaires produits lactés, viande, produits biologiques, spécialités fromagères, saucisson, est un récidiviste dans l'entrepreneuriat. Il est aujourd'hui à la tête d'une société de distribution de rosette de Lyon. Il découvre le monde de l'entreprise privée agro-alimentaire au Cabinet de Michel Debatisse, alors secrétaire d'Etat aux Industries agro-alimentaires. Et entre ensuite chez Yoplait Candia en 1980. Il devient Directeur Général du Groupe en 1986, en charge en particulier du développement international. « J'ai parcouru comme cela le monde entier » explique Bernard Gaud. « Je ne compte pas les déplacements à l'étranger, j'ai dû passer plus de 6 mois au Japon plusieurs mois aux Etats-unis ... » « L'international c'est ma passion, et à l'époque c'était un peu l'aventure que d'aller en Corée ou en Argentine. Les pays qui m'ont le plus impressionné ? L'Argentine, un pays grandiose, et la Corée du Sud, un pays totalement asiatique bien sûr, mais dont 30% de la population est chrétienne ce qui crée une sorte de croisement de certains systèmes culturels très étonnants ».
M.H.
Nous avons beaucoup de savoir-faire industriels anciens en Rhône-Alpes et c'est notre force que de pouvoir les adapter pour en trouver des technologies modernes.

« La région Rhône-Alpes est une région riche qu'il faut parfois aiguillonner pour qu'elle sache sortir le meilleur d'elle-même. J'aime évoquer l’exemple du cycliste : quand on arrête de pédaler, on continue à avancer jusqu'au moment où on va tomber faute de vitesse. En réalité il faut toujours pédaler pour rester en selle. Dans le business, c'est pareil, une entreprise qui ne progresse pas, quel que soit son domaine de progression, ne survivra pas dans un monde aussi concurrentiel que le nôtre ».

« En Rhône-Alpes nous avons de la chance : nous sommes génétiquement faits pour l'international. Quand vous allez dans le vieux Lyon, vous voyez les traces d'un passé riche d'échange et de commerce au-delà de nos frontières. Nous sommes un carrefour, une terre d'échanges de personnes ouvertes vers les autres ».

Centralisme mais dispositif de réseau

« En ce qui concerne les organisations pour favoriser l'international, je suis pour le principe de subsidiarité. Nous avons en Rhône-Alpes un dispositif suffisamment riche et performant pour ne pas avoir besoin de rajouter quelque chose ».

« Le rôle du Medef est de relayer l'action de  Medef International qui est un outil national extrêmement performant, capable d'aider des PME et des ETI. Je cite aussi les ETI, car il ne faut pas se leurrer, ce sont elles qui ont véritablement le moyen d'exporter partout dans le monde ».

« Quand on examine froidement le rapport coût/efficacité des dispositifs, on arrive à la conclusion qu'il ne faut pas multiplier les structures, sans pour autant n'en souhaiter qu'une seule. Je ne suis pas pour le centralisme, mais pour le dispositif du réseau et c'est cela qui est en route aujourd'hui. La signature de la charte de l'exportation en est la preuve tangible ». « N'oublions pas dans ce dispositif les opérateurs privés à l'export, les OSCI, qui sont un maillon essentiel de l'exportation et qui sont sans doute la forme la plus moderne de l'exportation. »

Le plus notable dans l'action du Medef International est sans doute l'accueil des délégations étrangères. Ces délégations mettent les entrepreneurs d'un cœur du business direct avec des partenaires.

Sur les difficultés du commerce extérieur français, Bernard Gaud ne se montre pas très inquiet, même s'il pense qu'il faut résoudre quelques problèmes culturels. « Avant tout, soyons meilleurs en anglais » recommande t-il. « En ce qui concerne les industriels de plus de 50 ans, je ne suis pas sûr que beaucoup d'entre eux soient capables de s’exprimer dans une conférence internationale. Mais je ne suis pas inquiet, car je crois aux vertus de l'inconfort. La difficulté nous pousse à devenir meilleurs. Nous allons donc relever la tête, car nos entrepreneurs savent affronter les difficultés ».

Apprendre à travailler ensemble

« Notre deuxième problème est lié à la taille de nos entreprises ou plus exactement au fait que nous n'avons pas suffisamment appris à travailler ensemble, l'alliance de plusieurs entreprises crée de la valeur. C'est la vertu et le rôle des clusters et pôles de compétitivités qui sont une véritable réussite en Rhône-Alpes par leur nombre comme par leur diversité ».

« Mais, par pitié, ne créons pas de nouveaux organismes et revenons au bon sens et à la simplicité, et aux fondamentaux du business. Nous sommes trop pris par un système qui prône l'immobilisme. J'ai un ami indien qui affirme que nous sommes restés une société aristocratique où ne pas bouger est synonyme de confort. Ce qu'il faut pour que nos entreprises se développent a l'international c'est sortir de nos fonctionnements habituels et prendre des risques … oser être visionnaire et voir loin ».

Marc Hoffmeister