Focus sur le marché du VIN
interview
La France reste le 1er exportateur mondial
Louis-Fabrice Latour, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) se réjouit des bons chiffres des exportations françaises en 2011. Il reste toutefois attentif à la crise que traverse actuellement l'Union Européenne, première zone d'exportation des vins français.
Louis-Fabrice Latour : La chute des exportations avait été très rapide fin 2008 et en 2009. Nos produits sont traditionnellement très sensibles à la conjoncture économique. Nos acheteurs ont tendance à très vite réduire la voilure. Par contre, dès qu’ils ont plus de visibilité, ils reprennent confiance et reconstituent leurs stocks. Dans ces périodes de crise, le plus important est que le consommateur ne se détourne pas de nos produits. Nous sommes relativement rassurés. Le premier semestre 2011 a en effet confirmé la reprise des exportations de vins et spiritueux entamée en 2010. En 2010, les exportations de vins et spiritueux avaient atteint plus de 9 milliards € soit une progression de 18 %, répartis entre les vins (6,2 milliards, +14,6%) et les spiritueux (2,9 milliards, +27%). Nos produits ont été expédiés et consommés en 2010. Nos acheteurs ont du très vite en début d’année reconstituer leurs stocks. Pour l’instant, à la vue des chiffres des 8 premiers mois, la tendance ne s’est pas inversée (+16,6% en valeur pour les vins). Par contre, nous sommes très prudents. L’Union Européenne est notre première zone d’exportation pour les vins en volume et en valeur. Le contexte économique et financier peut avoir un impact très rapide sur la consommation.
C.E. : Quels sont les principaux pays d’exportations quels sont les vignobles privilégiés par les pays importateurs ?
L-F.L. : Les Etats-Unis restent notre premier pays importateur avec un développement en valeur depuis le début de l’année sur toutes les catégories : Champagne + 36%, Bordeaux + 31%, Bourgogne +39%, Côtes du Rhône +32%,… L’Asie continue sa percée dans le top 20 de nos exportations. 5 pays – Chine, Hong Kong, Japon, Singapour et Taïwan – connaissent une croissance de presque 38 % pour un chiffre d’affaires de 1,5 milliard € sur les 8 premiers mois. Bien sûr, les entreprises françaises veulent se positionner sur ce marché qui reste pour l’instant très bipolaire : Bordeaux et Cognac représentent 70% des exportations en valeur sur la zone. La bonne santé des exportations de vins français cache des situations très contrastées. Il y a d’abord les régions très exportatrices du fait de leur histoire et des avancées de leurs entreprises. Ainsi, les vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne représentent 65% du chiffre d’affaires des exportations de vins en 2010. Bien sûr, d’autres régions investissent sur les marchés à l’export avec une progression sensible de leurs expéditions : les Côtes du Rhône (+22% sur les 8 premiers mois en valeur), les vins du Languedoc Roussillon (+8,5%),…
C.E. : Plus globalement, la filière viticole française a-t-elle fait sa révolution pour contrer l’émergence des vins étrangers ?
L-F.L. La France reste le premier exportateur de vins en valeur. Les échanges internationaux de vins ont progressé de 70% en 30 ans. Durant cette même période, la part de marché de la France est passée de 30% à 15%. Pour rester compétitifs et être présents sur tous les segments des marchés du vin, nous devons avoir une réglementation adaptée. La nouvelle organisation commune de marché vitivinicole nous a donné depuis 2008 de nouveaux outils comme, par exemple, la possibilité de créer des vins sans indication géographique avec cépage et avec ou sans millésime.
C.E. : A l’échelon réglementaire, quelles sont les contraintes majeures qui perdurent et sur lesquelles vous travaillez afin de faciliter l’exportation ?
L-F.L. Au-delà des traditionnels et très prohibitifs tarifs douaniers, certains pays ont un sens aigu de l’innovation pour créer de nouveaux obstacles au commerce : changement des normes et des standards, discrimination fiscale entre les produits importés et les produits locaux, tracasseries administratives et documentaires, non respect des règles de protection de la propriété intellectuelle,… Les vins et spiritueux sont très sensibles à ces barrières. Ils sont généralement en première ligne. Nous ne pouvons que nous féliciter aujourd’hui que les pouvoirs publics français aient bien en tête le poids commercial des exportations des vins et spiritueux qui reste le deuxième contributeur après l’aéronautique à la balance commerciale française. En effet, les négociations commerciales bilatérales peuvent être un vrai avantage concurrentiel pour nos produits. J’ai toujours en tête l’exemple de la Corée du Sud. Nous étions satisfaits de la mise en place au 1er juillet 2011 de l’accord de libre-échange entre l’UE et la Corée du Sud. Nous ne pouvons par contre que regretter que cela ait tardé. Les vins chiliens ont pu entrer sans droit de douanes dès 2004 leur permettant de prendre des parts de marché et de finalement dépasser les vins français en volume. Il faudra veiller à l’avenir que ce type de décalage par rapport à nos concurrents ne vienne pas pénaliser les entreprises exportatrices au moment de prendre des parts de marché chez de nouveaux partenaires commerciaux.







