Regard sur la CHINE
Les Chinois ont les moyens de leurs ambitions
La seconde économie mondiale arriverait donc comme le messie pour financer l’endettement des Etats de la zone Euro, sans que les Européens ne lui aient rien demandé. Et sans contrepartie ! C’est ce que nous a expliqué le président de la République dans son allocution télévisée au lendemain de l’accord qui a permis de sauver la Grèce de la faillite, un accord conclu à l’arraché au bout de la nuit bruxelloise. Nicolas Sarkozy se défend de perte de toute souveraineté : « La Chine n’est pas indispensable au sauvetage de l’Euro, la preuve, c’est qu’on la sauvé sans les Chinois ».
« Si la Chine veut investir dans l’Euro plutôt que dans le dollar, où est le problème ? » interroge le président. Evidement, si l’on considère la situation de la Grèce (et de ses voisins) à court terme, les fonds chinois sont les bienvenus. Il fallait bien trouver de l’argent frais. « La totalité de la zone risquait d’être emportée… ». Finalement, rien de plus normal à ce que le premier exportateur mondial vienne en aide à son premier marché d’exportation. « L’Europe est le principal partenaire commercial de la Chine. Si les Européens ne peuvent plus acheter les produits chinois, qui les achètera ? » a expliqué le Président. Une évidence. Il y a 20 ans, les échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine étaient quasi nuls. Aujourd’hui, il s’agit de la seconde relation commerciale au monde : en 2010, le commerce bilatéral a atteint 395 Mds € (plus d’un milliard par jour), soit 100 Mds de plus qu’en 2009. Les exportations chinoises à destination de l’Europe ont presque triplé entre 2005 et 2010 pour atteindre 282 Mds d’euros, alors que les exportations de produits européens à destination de la Chine n’atteignent que 113 Mds, malgré une progression de 121%. Au final, le déficit commercial de l’Europe vis-à-vis de la Chine ne cesse de s’accroître (environ 169 Mds).
Reste un élément qui a été passé sous silence. Pendant que les Ministres des Finances européens et le représentant du FESF négocient sans vraiment le dire avec leurs homologues chinois, ces derniers font main basse, à une vitesse “grand V”, sur l’ensemble des fleurons de l’appareil industriel grec. Le géant portuaire Cosco qui détient déjà une partie du Port du Pirée, est sur le point d’acquérir la totalité du port. Idem dans les télécommunications, les transports, les banques, les ENR… où les prises de contrôle chinoises dans les conseils d’administration des grands établissements se multiplient. « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir les économies européennes en difficulté » a déclaré Jia Qinglin, un influent conseiller politique du président chinois Hu Jintao, fin octobre à Athènes. Désormais, la Chine affiche clairement ses ambitions sur le vieux continent. La Grèce n’est qu’une première étape.
Sylvain Etaix







