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Grand Angle TUNISIE

Des défis immenses, des attentes considérables

Depuis le résultat des élections en Tunisie, l'épouvantail islamique agite les commentateurs français qui craignent que le printemps arabe ne soit suivi d'un automne arabe dont les effets néfastes se propageraient dans les autres pays arabes. Mais, ces commentateurs ont-ils retenu que Ennahdha n'avait récolté que 40% des voix et que pour la constitution imminente du gouvernement, le parti sera obligé de composer avec un large éventail de partis et surtout avec une société civile dynamique, décidée à défendre ses valeurs, notamment en ce qui concerne le droit des femmes et les libertés individuelles ?

Wided Bouchamaoui (photo) est la nouvelle présidente de la puissante UTICA, l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’artisanat. « Depuis le 14 janvier » affirme-t-elle, « nous voulons tous construire une vie nouvelle basée sur la démocratie et la dignité. Les élections ont été saines, nous avons franchi un cap. D’ailleurs, la relation entre les entreprises et le gouvernement est de plus en plus d’actualité. Nous avons bien l’intention de faire entendre notre voix ». Wided Bouchamaoui ne manque pas de signaler qu’elle est la première femme à la tête d’une telle Fédération. « Les principales causes de la révolution » commente t-elle, « ont été le chômage et les inégalités dans les régions déshéritées ». Elle entend bien faire entendre la voix de l’entreprise tunisienne et a commencé à procéder à de multiples consultations.  Elle a de suite rencontré Hamadi Jebali, le secrétaire général du mouvement Ennahda. « Nous serons vigilants, » dit-elle « nous devons être main dans la main pour construire l’économie du pays, d’autant que nous estimons que certains ministres vont conserver leur portefeuille ».

« Les droits de la femme tunisienne sont acquis depuis le Président Bourguiba »

« Notre syndicat regroupe tous les secteurs d’activité à part le tourisme et le secteur bancaire. Nous attendons le programme du gouvernement pour débattre des actions que nous allons mettre en place. Nous voulons entamer des partenariats sachant que nous, patrons du secteur privé, ne pourrons à nous seuls donner une solution à l’emploi. Nous allons multiplier par 10, même par 20 nos partenariats avec l’étranger, avec les Européens, mais aussi avec les Américains qui sont extrêmement présents ici ». Wided Bouchamaoui fait partie d’une famille d’entrepreneurs dans le secteur des énergies et du pétrole. Elle est chef d’entreprise mais n’oublie pas son rôle de femme. « Les droits de la femme tunisienne sont acquis depuis le Président Bourguiba ».

CONECT, nouveau syndicat patronal

L’UTICA a été longtemps le seul syndicat patronal existant en Tunisie mais, la nouvelle démocratie exige des voix plurielles et va voir naître de nouveaux syndicats. CONECT vient d’apparaître sur la scène. A sa tête, un industriel tunisien très connu, Tarek Shérif (photo) qui opère dans plusieurs secteurs, de l’industrie chimique à l’hôtellerie et la monétique. Touchant différents domaines de l’industrie, il a de nombreux partenaires et a eu l’occasion d’occuper divers postes à responsabilité dans les fédérations sectorielles. Président-fondateur de la Fédération de la Chimie, Président du Comité France en 1990 et de 2007 à 2011, il a su tisser d’étroites relations économiques avec la France.

Si Tarek Shérif lance CONECT, la confédération des entreprises citoyennes de Tunisie, c’est qu’il veut mettre à profit ses relations très enrichissantes établies avec différents pays et dans de nombreux secteurs. « C’est suite à la Révolution, que j’ai décidé de témoigner de la pluralité des opinions tunisiennes. Je ne serai jamais en confrontation avec d’autres syndicats , nous sommes tous là pour soutenir l’économie tunisienne. Je défends la libre entreprise » affirme t-il, « tous les domaines où j’ai exercé mes activités sont très concurrentiels et m’ont donné une pratique des affaires incontestable. Dans notre association, nous accueillons toutes les entreprises petites, moyennes et grandes. La seule condition d’entrée est d’avoir au moins 3 employés et d’être soumis au régime réel. Nous désirons jouer un rôle social et citoyen  important en tant que partenaire social. Nous avons structuré notre organisation en groupements professionnels, de région en région, en fonction des principales ressources et industries de chacune des régions. Nous voulons être proches du terrain et des réalités des entreprises ».

Les dirigeants de CONECT vont faire venir des partenaires dans  différentes régions tunisiennes et préparent pour janvier une grande manifestation dans une région déshéritée pour introduire directement les partenaires étrangers qu’ils feront venir, dans les différents secteurs où investir.

Tarek Shérif sera présent sur le salon Classe Export de Lyon à la fin du mois, à l’invitation du MEDEF pour participer à la conférence sur les opportunités de développement en Libye. Il va en profiter pour rencontrer  les personnalités économiques rhônalpines, afin de tisser des liens sur des objectifs industriels précis. Il en profitera également pour saluer son ami Jean Pierre Raffarin qu’il attend sous peu en Tunisie. Cet agitateur d’idées est en train de s’atteler à la consstitution d’un Think tank.

Nicole Hofmeister