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La tribune du commerce international

Vers un nouvel entrepreneuriat, mobilisateur d'énergies et créateur de richesses


Patrick Molle

Tous ceux qui ont participé au World Entrepreneurship Forum à Singapour, ont eu un choc à leur retour en France. Le W.E.F avec ses 200 participants venant de 60 pays et de toutes origines sociales, les a enthousiasmés par sa vision novatrice.

« On a le sentiment qu’on est au bout d’un système, qu’il y en a assez de donner la primauté au seul capital, qu’il faut créer un partage harmonieux avec d’autres personnes dans le monde » dit l’un. « Ce qui m’a frappé c’est cette communauté de langage et cette facilité d’entrée en relation avec les autres, à partir du moment où on reconnaît chez l’autres les valeurs qui conduisent à ce nouvel entrepreneuriat ». «  Le capital ne se partage pas assez. Ce qui me frappe c’est qu’il est bon de mettre nos capacités d’énergie et d’innovation au service de réalisations partagées » entend-on encore.

Les participants au Forum sont des dirigeants, des responsables d’ONG , des personnalités économiques, politiques et académiques, mais aussi des forums de jeunes qui depuis plusieurs années  réfléchissent à ce sujet, chacun dans son pays.

Une autre vision de la création de richesse

Yves Henri Robillard est le directeur du W.E.F., fondé par Patrick Molle (photo), directeur de l’EM Lyon. Il estime que cette année, dans le contexte de crise où nous sommes plongés en permanence en France, le Forum a apporté le soulagement d’une autre vision, une lumière au bout d’un chemin difficile, un message d’espoir en mettant les plus démunis sur le devant de la scène pour s’apercevoir que nous, pays développés, pouvions leur apporter de l’argent, des technologies mais qu’eux allaient nous aider à voir plus loin et à nous dépasser dans la réalisation de nos projets. Une autre vision de la création de richesse prenant en compte une meilleure justice sociale, permettant à des fonds d’investissements de rencontrer des populations nécessiteuses pour en faire des entrepreneurs enthousiastes. Bref, comment mettre le doigt sur les déséquilibres mondiaux entre milliardaires et pays trop pauvres, demandeurs de moyens d’entreprendre pour créer de la richesse dans leur pays et ainsi nourrir leurs familles. Comment établir un développement durable, comment faire se rencontrer des personnes qui ne vivent pas dans les mêmes milieux, s’ignorent et cependant ont beaucoup à inventer ensemble en intégrant une croissance différente et mieux répartie.

Le point a été fait sur les engagements pris au cours du World Entrepreneurship Forum de 2010


Think tank session organisée lors du World Entrepreneurship Forum à Singapour
Celui de la première banquière tanzanienne. Sabetha Mwambenja avait pris l’engagement d’ouvrir une banque destinée aux femmes entrepreneurs : Exim Bank a été créée. Signalons qu’il y a par ailleurs des organismes de micro-crédit qui ne prêtent qu’aux femmes. Le deuxième projet est celui d’une femme indonésienne (une princesse de 82 ans), Mooryati Soedibyo, qui vient chaque année présenter des initiatives pour les femmes : elle crée l’équivalent de l’Oréal en Indonésie, un géant de la cosmétique qui emploie 3000 personnes. Citons aussi le projet de Jack Sim qui cherche à préserver la santé de populations déshéritées en créant des toilettes sèches à installer dans les villages :  il a ramené le prix de fabrication de 30$ à 3$ et son idée est de confier sous forme de franchises ou de contrat d’agences des modèles à commercialiser auprès des populations les plus pauvres par des entrepreneurs eux-mêmes démunis. Un long travail dont la réussite tient dans l’obligation de s’atteler à plusieurs pour arriver à multiplier les modèles très rapidement et intéresser des hommes d’affaires , des organismes qui ont des fonds à investir dans des projets fiables, dans le cadre du « social business ». Citons aussi le projet de Béatrice Ayuru, d’Ouganda, qui après avoir suivi normalement ses études, a quitté le système pour gagner sa vie, consciente que sa condition de femme la bloquait dans l’avancée de ses projets. Elle a pu créer Lira School qui s’est rapidement développé en collège puis en lycée. Maintenant, elle a rencontré pendant le Forum, un milliardaire des Pays Bas qui va l’aider à construire son université. « Il suffit que le projet qu’on porte séduise un investisseur pour lancer l’affaire. Les retours sont fabuleux » s’enthousiame Yves Henri Robillard qui pointe également la place des jeunes participant à ces journées. « Dans chaque pays, les juniors Forums leur ont permis de préparer ces rencontres. Porteurs de leurs cultures propres, ils sont le reflet de l’éco-système local. Ils sont prêts à réfléchir et s’engager en vue du nouveau monde à construire ». L’éducation et la formation seront les porteurs et les soutiens de ce nouvel état d’esprit, comme l’Université de Nanyang à Singapour le montre en devenant partenaire du W.E.F..

Quant à nous qui apprécions l’état d’esprit du BOP Hub (Bottom of the Pyramid Hub) et qui sommes bien persuadés qu’il faut prendre en considération les entrepreneurs du bas de la pyramide, nous sentons que cela donne de l’énergie de constater que même en pleine période de crise, les entrepreneurs répondent présents et sont prêts à remettre en cause l’ancien modèle pour réfléchir aux vraies richesses qu’ils contribueront à créer dans tous les domaines : social, économique, technologique et mettront au service de réalisations partagées.

N.Hoffmeister