Regard sur l'AFRIQUE
Eau, Comment se positionner sur les appels d'offres en Afrique ?
Près de 80% des individus, actuellement sans eau courante, vivraient en Afrique. Moins de 60 % de la population totale de l'Afrique, estimée à 1 Md d'habitants, aurait ainsi accès aux services améliorés d'adduction d'eau et d'assainissement. Un taux critique qui devrait cependant très vite progresser, la rénovation et la modernisation des infrastructures dans le domaine de l'eau figurant, à présent, parmi les priorités du continent africain. Dans le domaine de la sous-traitance, les Pme françaises, fortes de leur expertise, ont un rôle à jouer…
Selon la Banque Africaine de Développement, 20 milliards de dollars seraient ainsi investis chaque année, en sus des 19 milliards de dollars annuels affectés aux projets de maintenance. La rénovation et la modernisation des infrastructures “eau” figurent désormais parmi les investissements prioritaires de l’Afrique, dans une moindre mesure toutefois que ceux actuellement réalisés dans le secteur de l’énergie, à hauteur de 45 milliards de $ par an, selon l’Agence Internationale de l’Energie.
Parmi les principaux bailleurs de fonds, on recense l’Union Européenne (EuropAid, BEI, FED…), la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, la Banque Islamique de Développement, AFD/KFW et des institutions régionales (BOAD, UEMOA, BDEAC…).
« En Afrique, lorsqu’un appel d’offres est “officialisé”, il est, bien souvent, déjà conclu »
Fortes de leur savoir-faire dans ce secteur, les Pme françaises ont tout intérêt à répondre à ces appels d’offres « mais il faut savoir que, généralement, quand un appel d’offres est publié, il est pratiquement bouclé », met en garde Abdoulaye Kante. D’où la nécessité de mettre en place des projets de développement sur le moyen et le long terme et de s’entourer d’informateurs au risque de perdre du temps et de passer à côté de nombreux marchés ; d’autant qu’il existe trois types d’appels d’offres en Afrique, les AO nationaux, restreints et internationaux, comme l’explique Abdoulaye Kante. « Aujourd’hui, de nombreux appels d’offres nationaux, lancés localement et n’étant pas financés par des bailleurs de fonds, ne sont pas, par exemple, publiés dans les Journaux officiels. Les marchés de gré à gré sont, également, pour leur part, de plus en fréquents en Afrique. Sans contact établi sur place, une Pme n’aura pas accès à toutes ces informations ». De même qu’une présence sur place semble indispensable. « Il est très difficile, voire quasi impossible, de remporter un appel d’offres dans un Etat africain sans se rendre sur place. Car les 54 pays africains sont aussi différents les uns des autres que les Finlandais le sont des Suédois. Il est donc primordial de se déplacer pour appréhender le marché visé, tisser des liens… Dans le cas contraire, répondre à un appel d’offres s’avère généralement inutile », rappelle Yves Delafon, Administrateur de la banque Mauritanienne pour le Commerce et l’Industrie.
Le cas échéant, il peut être opportun pour une Pme de s’allier à d’autres, ou mieux de travailler en sous-traitance d’une « majeure », pour optimiser ses chances. « En mutualisant leurs compétences, les Pme françaises seront plus à même de remporter des appels d’offres et auront, de ce fait, une meilleure visibilité. Les projets “complets”, incluant une offre globale (technique, formation, financière…) sont, d’ailleurs, très appréciés par les Etats africains dans la mesure où, durant toute la durée du projet, ils n’auront qu’un seul interlocuteur», recommande Abdoulaye Kante. Particulièrement sur les appels d’offres “services”. « Sur les appels d’offres ‘fournitures’, l’essentiel se joue encore sur les prix. Les Pme françaises risquent d’avoir des coûts de production trop élevés par rapport à leurs concurrents », précise Yves Delafon. Reste que, même si de nombreux pays ont adopté une réforme de leurs marchés publics, « la transparence reste encore parfois aléatoire en Afrique, prévient Yves Delafon. Après, il faut distinguer les appels d’offres publics des appels d’offres privés ; les appels d’offres privés étant généralement plus justes. Mais rémunérer des partenaires et informateurs fait parti du jeu ! ».
Fanny Perrin d’Arloz
Barrage de Grandes Chutes, en Guinée. Il fait parti d'un réseau interconnecté appelé Système Samou qui comprend les centrales de Grandes Chutes, Donkéa et Banéah (situées sur le fleuve Samou).
La médiation répond à un besoin nouveau des entreprises
Le Centre de Médiation et d’Arbitrage de Paris a été missionné par la Commission Européenne dans le cadre du projet développement de centres éponymes dans cinq pays d’Afrique de l’Est (Burundi, Ethiopie, Kenya, Maurice et Ouganda). « L’UE a ciblé cette zone où les investissements étrangers sont particulièrement importants. L’objectif de ce projet est de contribuer au développement du secteur privé en donnant confiance aux investisseurs peu enclins à recourir aux juridictions étrangères en cas de litiges commerciaux. Mais il ne s’agit pas de pallier une défaillance de la justice locale des pays » prévient Mélanie Germain, consultante au CMAP qui chapeaute ce programme. Les cinq centres seront opérationnels dans le courant de l’année 2012. Deux personnes travailleront à plein temps sur chaque site et coordonneront le réseau de médiateurs locaux pour traiter les dossiers.« Les litiges clients-fournisseurs et prestations de services non payées sont les plus courants en Afrique précisément dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie ».
Encore peu utilisée en France et en Europe, la médiation, comme le confirme son développement en Afrique (Elle est aussi largement utilisée aux Etats-Unis) répond à une évolution de la pratique des affaires à l’international. « Notre cahier des charges prévoit discrétion et rapidité dans la conduite des dossiers. En maximum six mois, le centre de médiation rend une décision définitive » conclut M. Germain.
J.T.







