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Regard sur l'AFRIQUE

Le Tchad vers un climat des affaires plus sécurisé

Longtemps considéré par les observateurs comme un pays à hauts risques, le Tchad a désormais tourné la page sombre de son histoire. Avec le retour à la paix, marqué par une stabilité politique relative depuis la signature de l'accord Tchad - Soudan le 15 Janvier 2010, la sécurité semble régner dans le pays, « ce qui favorise l'environnement des affaires » constate Souradj Koulamallah (en photo), président de la Chambre de Commerce et d'Industrie des Mines et d'Artisanat au Tchad, même si les notateurs étrangers voient encore en ce pays un risque élevé…

Principaux indicateurs économiques

Millions de dollars

2007

2008

2009

2010p

Croissance économique (%)

0,2

-0,2

-1,0

1,6

Solde public / PIB (%)

2,3

7,5

-18,6

-4,3

Solde courant / PIB (%)

-10,6

-12,2

-25,2

-9,9

Dette / PIB (%)

23,6

19,7

22,6

18,9

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité le 25 mai dernier le retrait de la Minurcat suite aux réclamations du Président Tchadien Idriss Déby Itno, d’autant plus que « nos relations avec le Soudan se sont améliorées », assure-t-il. Un retrait qui se fera en deux temps, le 15 juillet d’abord, puis le 31 décembre 2010. « La paix et la stabilité sont garanties au Tchad », a martelé M. Kedallah Younous, Ministre de la Communication et porte parole du Gouvernement. « Depuis le déploiement de la force mixte Tchad-Soudan (3 000 hommes, 1 500 par pays, NDLR), la frontière entre les deux pays est totalement sécurisée », assurait-il récemment.

Des projets structurants

« Le gouvernement souhaite développer les infrastructures routières pour favoriser le développement et lutter contre le désenclavement qui est un problème crucial pour le Tchad », explique S. Koulamallah. Aujourd’hui, le Tchad est engagé dans un vaste projet de développement des infrastructures routières dont l’objectif est la réalisation 6 000 Km de routes d’ici à 2011.

L’état Tchadien s’est fortement engagé sur les financements, en réaffectant une part des revenus pétroliers du pays à la réalisation de bon nombre de projets d’infrastructures. (Notons que la Banque Mondiale a suspendu son aide au pays entre 2006 et 2008 en raison d’un détournement de ces fonds pétroliers, initialement destinés à la lutte contre la pauvreté. La reprise des relations avec la Banque Mondiale a été effective en janvier 2009, suite au remboursement des dettes contractées par le Tchad auprès de l’institution).Ces mêmes revenus pétroliers servent, par ailleurs, à financer d’autres travaux de construction, en particulier de bâtiments administratifs et publics, ainsi que des logements sociaux. Un contrat a été signé avec la société immobilière américaine Fédéral Development LLC pour la construction de 10 000 logements, à raison de 1 000 par an.

Les Chinois investissent dans la plus grande raffinerie du pays

Un projet de construction d’une raffinerie pétrolière a été lancé par le président Idriss Déby Itno en octobre 2008, projet qui devrait être achevé au bout d’un travail de trois ans. « Il sera réalisé par l’Etat en collaboration avec la CNPCI (China National Petroleum Company) qui supporte 60 % des investissements de la raffinerie, laquelle est construite à Djermaya,  à 45 Km au nord de N’Djamena. On parle d’une production 20 000 barils par jour pour le marché national »,  précise S.Koulamallah.

La raffinerie devrait traiter chaque année 700 000 tonnes d’essence et kérosène, 200 000 tonnes de polypropylène et 60 000 tonnes d’essence combustible. Elle livrera à la STEE (Société Tchadienne d’Eau et d’Électricité) de N’Djamena, une centrale électrique d’une capacité de 20 mégawatts qui lui permettra d’alimenter la ville. Ce projet d’envergure devrait permettre au pays d’assurer son indépendance énergétique, et de transformer ses ressources naturelles en forces motrices pour le décollage socio-économique du pays.

Derrière ce grand projet structurant, le pays mise également sur d’autres secteurs parmi lesquels, les télécoms. Le processus de privatisation de l’opérateur national SOTEL Tchad est en cours. Un appel d’offres sera lancé cet été.

Autre secteur fort : le tourisme, le pays est doté de sites remarquables…
Le lac Tchad constitue à lui seul un monument touristique, avec ses chenaux entourés de hautes herbes propres à l’observation de la faune, composée notamment de milliers d’oiseaux et d’hippopotames.
Le Parc Zakouma (3 000 ha) est le plus grand parc du pays et beaucoup de bailleurs de fonds, surtout la France et l’Union Européenne, soutiennent aussi bien techniquement que financièrement le gouvernement tchadien pour sa préservation.

Depuis la fin des conflits avec la rébellion tchadienne au Soudan, plusieurs sites touristiques à N’Djamena attirent les touristes étrangers : le Musée National, le Musée de Gaoui, la station touristique de Dougouia, ou encore la réserve de faune de Mandélia…

Outre le secteur pétrolier, le pays disposait déjà de nombreuses ressources potentielles de croissance, notamment l’agriculture, l’élevage et la pêche. « Le Tchad est historiquement un pays d’élevage sahélien, secteur pour lequel il a été largement soutenu par les bailleurs extérieurs du développement » explique S.Koulamallah. L’élevage du bétail à lui seul représente 40% du PIB agricole (18% du PIB total), 51% des exportations et fait vivre près de 40% de la population, éleveurs mais aussi tous les intervenants de ces filières. « Ces domaines historiques présentent des possibilités d’investissement dans des unités de transformation, quasi inexistantes à ce jour. De nombreuses autres ressources minières (or, uranium, diamants, marbre, minerais de fer…) sont encore peu ou pas du tout exploitées » poursuit S. Koulamallah. A l’exception des grands groupes étrangers installés depuis des années (U.S.A.(1), Chine, sont les deux premiers investisseurs...) dans le secteur des énergies et des ressources naturelles, le pays reste vierge d’investissement dans les autres secteurs.

Création d’un guichet unique pour l’investissement

« De nombreuses activités restent inexploitées, ce qui est une grande opportunité pour les entreprises Françaises, peu présentes hormis Vinci et SDV ». La réunion Franco-tchadienne qui s’est tenue au mois d’avril à Paris dans le cadre du 50e anniversaire des indépendances Africaines avait justement pour objectif d’améliorer le partenariat économique entre les deux pays. Afin d’attirer de nouveaux investisseurs, une charte “d’amélioration” de l’environnement  des affaires, a été créée. Par ailleurs, un guichet unique de l’Investissement vient d’être mis en place, son but est d’apporter conseil et assistance technique aux promoteurs économiques dans la réalisation de leurs projets d’investissements. « L’idée est de faciliter des relations commerciales et Industrielles » souligne S. Koulamallah.

Autre signe de la volonté de développement économique, le Tchad a été l’un des premiers pays d’Afrique à créer en juin 2007 le FODEP (Forum de dialogue État-Secteur), plate-forme de concertation et de dialogue entre le secteur privé et public. Son principal objectif : améliorer le climat économique et supprimer les obstacles qui handicapent le secteur privé afin de renforcer la compétitivité des entreprises. Un forum de dialogue régulier de discussion se réunit tous les 6 mois et est dirigé par le premier Ministre tchadien.

Malgré tous ces efforts, le pays n’a pas encore séduit les notateurs étrangers. L’assureur français Coface qualifie le “risque pays” Tchad de très élevé (note D) et sa note environnement des affaires est des plus mauvaises (note D également).

Koubra Mahamat Saleh (avec S.E.)

(1) Le 1er Investisseur au Tchad reste l’Américain Chevron avec 5 Milliards de dollars, talonné par les Chinois avec 3 à 4 Milliards de dollars.