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En Roumanie tout redevient possible

En Roumanie, on investit aujourd'hui pour demain

Dana Gruia Dufaut, avocate spécialisée sur la Roumanie, a installé solidement ses deux cabinets d’avocats et conseils, l’un à Paris et l’autre à Bucarest. Conseiller du Commerce Extérieur de la France et voyageant en permanence d’un pays à l’autre, elle a la chance d’avoir un double regard sur l’environnement des affaires dans chacun des pays.

Elle reconnaît qu’en 2009, la profession d’avocats a subi dans son ensemble une baisse de 5 à 10% du chiffre d’affaires et un changement dans ses activités. D’une part, l’immobilier a été stoppé alors que l’effervescence était à son comble. D’autre part, les entreprises qui n’avaient pas encore consolidé leur position localement, ont quitté le marché, un certain nombre de sociétés ayant dû fermer une partie de leur activité et mis au chômage des salariés, entraînant une explosion de dossiers dans le département de droit du travail, des litiges commerciaux ou en matière de recouvrement de créances…

« On pense voir le bout du tunnel fin 2010 »

« Mais, déjà début 2010 » précise Dana Gruia Dufaut, « on commence à voir des entreprises petites ou grosses revenir sur le marché et prospecter à nouveau en vue de nouvelles opérations. Les affaires reprennent. Certes, on est loin de la frénésie d’activité de l’année 2008, qui a été aux dires de tous une année vraiment exceptionnelle, la meilleure depuis 1990 ».

En 2008 le taux de chômage était descendu à 0,5% dans la ville de Bucarest !

« La crise a remis en même temps certains fondamentaux en place. Il faut bien dire qu’avant la crise, on était dans un monde un peu irréaliste. Les prix de vente des terrains avaient flambé, tout comme les salaires, et ce, alors  que la productivité réelle n’était pas reflétée de façon juste à travers le salaire payé. Le marché de l’emploi s’est depuis assaini, stoppant par la même occasion la volatilité des salariés et la surchauffe de certains secteurs. La période du préavis étant très courte en droit roumain, les salariés en profitaient pour quitter leur entreprise du jour au lendemain sans que pour autant l’employeur ait le temps de se retourner … ».

Aujourd’hui, changement de décor : on voit même des entreprises négocier des baisses de salaires avec leurs salariés, plutôt que de les mettre au chômage. « De toute façon, les augmentations de salaires sont gelées. Cette année, il est possible que le chômage atteigne les 10 % ».

Pour relancer la machine, il faut trouver plus de ressources. Les entreprises roumaines ont de la chance : elles bénéficient d’une imposition légère : impôt sur les sociétés, 16%, impôt sur le revenu, 16%, et une TVA à 19%. Lorsqu’il y a quelques semaines, dans le cadre des négociations avec le FMI, le Président roumain a décidé de réduire les salaires des fonctionnaires publics de 25% et les retraites de 15%, et ce pour pallier en urgence les problèmes du déficit public, sans cependant toucher aux impôts, on s’est interrogés sur le bien-fondé d’une telle mesure. Il va falloir rapidement trouver d’autres modalités pour réduire le déficit public et relancer la machine. Il est possible que certains revenus faiblement taxés, voire pas du tout, le deviennent, comme par exemple les comptes de dépôt qui en 2008 ont pu être rémunérés en euros jusqu’à 6% net d’impôt !

Une manne de fonds européens pour relancer l’économie

Les grandes entreprises sont restées sur place, même au plus fort de la crise, attendant que les grands projets aboutissent. Il y a énormément à faire, les fonds européens sont là. Mais les « formalités » sont si complexes pour que des dossiers aboutissent, que des fonds vont être perdus faute d’avoir été utilisés dans les délais impartis. « La situation en est au point que le Premier Ministre envisage de “noter” ses Ministres sur leur capacité à faire utiliser les fonds européens ! ». En même temps, « les grandes entreprises devraient peut-être se mettre à faire du lobbying auprès de Bruxelles, car dans cette période de crise, la capacité de l’Etat roumain à participer en cofinancement à ces projets est amoindrie et bloque parfois certains dossiers, afin de ne pas accroître trop le déficit budgétaire » commente Dana Gruia Dufaut, en nous donnant comme exemple qu’en matière de projets d’autoroutes, c’est à l’Etat roumain de financer l’expropriation des terres nécessaires au projet. Mais l’Etat n’a pas l’argent et ne peut en aucun cas augmenter le déficit public pour ça…

Un marché plus transparent donc plus facile d’accès

Les Pme reviennent non seulement pour prospecter, se renseigner, mais aussi pour chercher des locaux, estimer les coûts, les salaires. Le ticket d’entrée sur le marché est redevenu « normal » alors qu’il était prohibitif en 2008. Les formalités ont été considérablement simplifiées. On a gagné en transparence, en facilité d’implantation. On est maintenant sur des délais de 8 à 10 jours pour une création d’entreprise.

« En même temps, j’attire toujours l’attention des entreprises sur le fait que les Roumains sont très accueillants, très chaleureux, mais, que la Roumanie dans son ensemble, reste très formelle : non seulement tout doit être mis par écrit. Ils ont tellement été  habitués au formalisme du régime communiste. Pensez qu’alors qu’en janvier 2009, la loi a changé et que depuis les factures émises par une entreprise sont valables sans le cachet de l’entreprise et sans la signature du chef, ils n’arrivent toujours pas à s’habituer à cette simplification et régulièrement, on nous demande le cachet sur les factures ! » « Notre chance », conclut Dana Gruia Dufaut, « c’est que nous pouvons garder notre jeunesse qui est bien formée. Un jeune compétent trouvera toujours du travail. Nos cerveaux sont notre richesse… »

N. Hoffmeister