Russie
Russie, une crise bénéfique ?
2010 sera marquée par le retour à la croissance du pays le plus grand du monde. Il apparaît que la France aurait su tirer son épingle du jeu dans ses échanges commerciaux avec la Russie. Encore faut-il convaincre les entrepreneurs français de la fiabilité du marché, en dépit d’une notation Coface plutôt mauvaise.
“Une période fructueuse malgré la crise » ? Avec un recul des échanges de 21% en 2009 entre la France et la Russie, les relations économiques entre les deux pays auraient pu, encore davantage, souffrir de la crise, analyse Ivan Prostakov, Chef de la délégation économique et commerciale de la Russie en France. A titre de comparaison, les échanges entre la Russie et d’autres partenaires ont chuté de 40%.
Un signe plutôt positif pour cette année croisée de la France et de la Russie qui devrait afficher des indicateurs économiques à la hausse. Après une chute de son PIB de 8,7%, en 2009, le plus grand pays du monde devrait retrouver une croissance positive en 2010 à 3.2 % contre une moyenne mondiale prévue par Eurostat à 2,6 %. La crise aurait également permis de fortifier les liens commerciaux entre la France et la Russie.
Dernier épisode en date : la visite de Anne-Marie Idrac les 8 et 9 avril derniers à l’occasion de la pose de la première pierre du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l’Allemagne sous le Mer Baltique. Un mois plus tôt, Gazprom et GDF-Suez avaient annoncé la signature d’un protocole d’accord officialisant l’entrée de ce dernier dans le capital du projet Nord Stream.
Récemment également : le renforcement de l’alliance Air France-Aeroflot pour contrer l’allemande Lufthansa, très présente en Russie, la vente probable de quatre bâtiments de type Mistral à la Marine russe dont la production conjointe serait réalisée à St-Nazaire et St-Pétersbourg. Ainsi, l’Hexagone qui figurait au 13e rang des partenaires économiques de la Russie avant la crise, est cette année à la 9e place.
Aujourd’hui, la Russie est, comme le reste de l’économie mondiale, en phase de rémission avec un taux de chômage de 9%. Mais grâce à une main d’œuvre rémunérée en moyenne à hauteur de 550 € par mois (700 € à Moscou), elle peut être une destination séduisante pour les entrepreneurs français.
Parmi les marchés prometteurs : les télécommunications où « les besoins sont gigantesques », selon Pavel Chinsky, Directeur général de la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Russie. « Dans le secteur de la santé », poursuit-il, « il existe une demande croissante d’échange d’expériences et de technologies avec les opérateurs français ». La crise aurait, selon le directeur de la CCIFR, assaini l’économie russe.
« Certaines bulles spéculatives ont éclaté. C’est une période où l’on trouve un meilleur rapport qualité-prix, notamment dans l’immobilier », explique-t-il. La hausse du chômage a pu aussi réduire la volatilité de la main d’œuvre russe, qualifiée, mais qui malgré tout, « manque de productivité et d’initiative », admet Pavel Chinsky.
L’année croisée franco-russe 2010 tomberait, selon Pavel Chinsky, par un heureux hasard, au moment où les relations commerciales entre les deux pays s’améliorent. En effet, outre les divers événements culturels qui vont jalonner cette année, 2010 aura été marquée par la rencontre « positive » entre le président russe Dimitri Medvedev et Nicolas Sarkozy, le lancement de Soyouz depuis Kourou, un meilleur positionnement de l’Hexagone dans ses échanges avec la Russie.
Reste un point noir, à ce tableau idyllique : la notation Coface qui classe la Russie dans le 4e groupe, sur les 5, des pays les plus risqués. « Tout cela est lié à une méconnaissance du pays », martèle Ivan Prostakov. Et de poursuivre : « Les entreprises françaises ont beaucoup appris ces dernières années, en matière de management ou de commerce extérieur. Mais elles ont perdu la capacité à évaluer les risques. La Russie est sans aucun doute un pays à risques, mais dans le même temps, il existe des institutions (russes, NDLR) qui permettent de les minimiser ».
Ariane Puccini
