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La tribune du commerce international

Vive l'Euro faible, mais pour combien de temps ?


Valérie Plagnol, l'Economiste en Chef du CIC Crédit Mutuel

La crise grecque a eu cela de bon qu’elle a permis un recentrage de l’Euro autour d’une parité euro /dollar à 1.35(1), que la BCE va essayer de défendre, car très bénéfique aux exportations européennes et notamment aux entreprises du couple franco-allemand. Ce printemps monétaire anticipé prend les allures de bol d’air pour les Pme françaises crucifiées sur les marchés du grand export sur lesquels elles ont pourtant beaucoup de retard à rattraper.

Louis Gallois s’est récemment félicité du gain de compétitivité de 10%, obtenu en moins d’un mois par rapport à ses concurrents américains ou asiatiques. C’est pour lui un juste retour des choses même s’il estime que l’Euro à 1,35 dollar est encore sur-évalué. C’est bien sûr une merveilleuse aubaine pour nos Pme qui rognaient sur des marges déjà très faibles.

À l’inverse le patron de Daimler-Benz estime, quant à lui, qu’à moyen terme, un Euro fort est le signe de la bonne santé d’une économie. La vérité est donc complexe, seule reste la comparaison des réalités économiques de nos entreprises.

De son côté, Valérie Plagnol, l’Economiste en Chef du CIC Crédit Mutuel explique que les variations du dollar et de l’Euro sont essentiellement dues aux anticipations des marchés sur la politique monétaire. « En ce moment, le jeu est de savoir pendant combien de temps encore les taux vont rester au plus bas ou plutôt quand les Américains vont-ils relever leurs taux. En cas d’inversion de tendance, on va assister à des mouvements de carry-trade entraînant une baisse du dollar, ce qu’on a vu en 2009. Alors que la baisse récente de l’Euro est un mouvement vers le dollar comme une valeur-refuge, car les chiffres de l’économie américaine pour 2010 sont bien meilleurs que les prévisions européennes ». Il y a peu d’études sérieuses permettant de définir un taux de change effectif réel, les seuls chiffres à disposition sur les parités de pouvoir d’achat sont basés sur des panels de devises et montrent que le dollar est légèrement sous-évalué. « Mais la principale variable d’ajustement est de savoir si la FED augmentera ses taux avant la BCE et je prends le pari pour ma part que les Américains tireront les premiers, dès la fin de l’année ». Les résurgences probables des tensions économiques et monétaires en Europe, le différentiel de taux de croissance avec les USA plaideraient plutôt pour une baisse de l’Euro par rapport au dollar. « J’avais fait une prévision d’un dollar à 1,35 en fin d’année. Cela arrive en début d’année, est-ce que cela veut dire que les marchés ont déjà anticipé cette analyse. Alors, dans ce cas, on aura des allers-retours de la parité euro dollar entre 1,3 et 1,45 ». Du côté du matin calme, on préférerait un dollar faible, la valeur du Yuan chinois qui semble voué à terme à une réévaluation obligatoire, ne bouge toujours pas(2) et favorise les exportations chinoises de produits de grande consommation. Les réserves de change accumulées par les Chinois en dollar comme en euros restent stables, seuls quelques signes avant-coureurs pour imposer le Yuan dans la négociation commerciale laissent penser que les Chinois testent les réticences du marché à se voir imposer une monnaie différente, mais les échéances sont bien lointaines.



Dans ce contexte, comment accueillir l’idée de la création d’un Fonds Monétaire Européen ? Ce dernier aurait pour principale mission de doter l’Union Européenne d’un outil d’intervention et de coordination des politiques économiques, outil qu’elle n’a pas réussi à forger depuis sa création. Sur le papier, c’est le seul moyen de contrer l’incroyable restriction, créée dès la génèse de l’Euro qui interdit à un Etat membre de soutenir un autre Etat membre. L’idée du FME est bonne, que l’on puisse soutenir des pays en cours d’accession et pas ses propres membres n’a pas de sens en soi. Toutefois sa mise en œuvre risque d’être extraordinairement complexe car elle demanderait à revoir et modifier les traités européens si difficilement adoptés. On ne peut qu’applaudir à tout ce qui peut lutter contre la spéculation sans fondement au seul profit d’un enrichissement instantané. Un outil européen pour contrebalancer le FMI ou plutôt pour ne pas dépendre de négociations avec contrepartie à d’autres pays ne peut-être que souhaitable. Pour le moment, profitons de cette embellie monétaire et affûtons nos arguments sur les zones Dollar, c’est le moment pour les entreprises ayant une forte valeur, de se réveiller et de prendre des positions. Dans tous les cas cela tombe à point nommé pour soutenir les conclusions des Etats Généraux de l’Industrie faites par Nicolas Sarkozy, il y a quelques jours.M. Hoffmeister
(1) Au 12 mars 2010.
(2) Le 14 mars dernier, le premier ministre chinois Wen Jibao a réaffirmé que le Yuan ne serait pas réévalué.