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Quel avenir pour la finance islamique ?

Finance islamique : quels enjeux pour l'économie française ?

De 800 à 1000 milliards d’euros : c’est l’estimation de ce que « pèsent » aujourd’hui les fonds islamiques dans le monde. « Un marché encore discret » rappellent les experts financiers, qui notent au passage les enjeux de développement que sous-tendent ces fonds, prêts à être employés dans le cadre d’investissements conformes aux règles coraniques.
Alors que l’économie mondiale se remet peu à peu de la crise financière, la France s’interroge sur l’opportunité d’accueillir sur son sol des fonds islamiques, dont les valeurs inhérentes (préoccupation sociale, bannissement de la dette…) ont attiré l’attention face à un capitalisme qui a pris froid, faisant éternuer tous les marchés mondiaux.
En France, les conférences sur le sujet se multiplient à l’image de celle organisée en novembre 2009 à Bercy par  Christine Lagarde. Et si des signaux forts sont adressés au marché, reste que la législation française ne permet toujours pas la présence sur son sol de fonds islamiques. Contrairement à ses voisins anglais ou luxembourgeois…


Phénomène ignoré du monde occidental il y a encore quelques années, la Finance islamique s’invite peu à peu sur la scène économique occidentale. Sans compter que les  indices charia compatibles sont sortis grandis d’une « crise » où les fondamentaux de la finance conventionnelle (rentabilité, profit, spéculation) se sont mis à vaciller.

“Je ne suis pas un ouléma » prévient dans un sourire Riadh El-Hafdhi (en photo), « mais un macro-économiste ». Une entrée en matière pas si anodine de la part de cet économiste Moyen Orient au Groupe Crédit Agricole SA : la finance islamique, si elle reste mal connue, est un phénomène « que l’on ignore de moins en moins ». Pas tant qu’elle pèse encore très lourd dans le système économique mondial mais bien plutôt du fait de sa croissance fulgurante : « Le marché de la finance islamique est encore tout petit ! » note Riadh El-Hafdhi. « Aujourd’hui, il représente 800 Mds $, la seule part des actifs du Crédit Agricole en représente le double !  En revanche, en 1985, la finance islamique, c’était 5 Mds $ … ».

Sans compter qu’en période de crise, certains ont vu dans la finance islamique une solution miracle, « ce qu’elle n’est évidemment pas » estime Riadh El-Hafdhi, même s’il est vrai que les banques islamiques s’en sortent beaucoup mieux que les banques traditionnelles.

Une relative bonne santé qui s’explique notamment par les valeurs fortes dont s’inspire la finance islamique : « c’est un système qui d’une part n’encourage pas la dette et d’autre part comporte une vraie préoccupation sociale ». En effet, l’Islam proscrit le prêt à intérêt, base de la finance occidentale. « Par exemple », poursuit Ladislas Gallant, Directeur adjoint de la Division Global Islamic Banking de Credit Agricole Corporate and Investment Bank (ex Calyon), « alors qu’une banque traditionnelle va proposer à ses clients un prêt à intérêt pour un achat immobilier, la finance islamique va fonctionner différemment : elle va acquérir le bien, pour le louer par la suite à son client dans la cadre d’un contrat ijarah. » Au terme du contrat, après avoir remboursé ses mensualités à taux fixe, le client devient propriétaire du bien.

Dans le même esprit, le « sukuk » ou obligation islamique est gagée sur un actif, un bien immobilier ou une part dans une entreprise jugée «licite». Contrairement à une obligation classique, le sukuk rémunère les détenteurs par un pourcentage des bénéfices de l’entreprise. Si l’opération tourne mal, le prêteur ne touche aucune rémunération. Il prend ainsi part au risque couru.

Une offre de produits financiers de plus en plus structurée

« La finance islamique est à la fois quelque chose de très vieux, dans la mesure où elle trouve son fondement dans le Coran et de très récent puisqu’elle n’a réellement vu le jour que dans les années 60, en Haute Egypte et à destination uniquement du monde agricole » note Riadh El-Hafdhi.

« La Dubaï Islamic Bank est créée en 1970 puis les années 80 voient, dans le cadre des révolutions islamiques, comme en Iran ou au Pakistan, le retour en force du religieux dans la société et dans le  secteur bancaire en particulier ». Par la suite, la hausse des prix du pétrole contribue via l’injection de liquidités dans le Golfe au développement rapide de la finance islamique qui devient alors véritablement visible pour le grand public gagnant tour à tour la Malaisie, l’Indonésie et plus discrètement la Turquie. « De banques de détail, on passe alors à une offre de produits financiers plus large dans un développement conjoint des banques traditionnelles et islamiques ». On assiste à la naissance d’indices « charia compatibles ». « Mais aujourd’hui, tout reste à inventer et à réinventer » insiste Riadh El-Hafdhi pour qui la Finance islamique reste un marché de niche.

Le travail et le commerce sont encouragés

« Dans l’Islam, la notion de l’argent est différente que celle que l’on peut connaître en Occident, où c’est un outil de mesure, de spéculation. L’argent y est plutôt vu comme un outil d’échange, il ne se suffit pas à lui-même, l’accumuler, c’est nuire au commerce » explique Riadh El-Hafdhi.

Outre la Riba (usure), la finance islamique compte d’autres d’interdits comme le Gharam (le risque), le Khmar (le pari) et certains secteurs d’activité tels que l’alcool, le tabac, le porc ou l’armement. Mais là aussi, note Riadh El-Hafdhi, « rien n’est figé ». « Récemment par exemple, les entreprises dont l’activité menace l’environnement ont été également écartées ». Mais tout cela reste théorique, dans la pratique, tout est sujet à adaptation.
Céline Guiral