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Les Etats au bord de la faillite, qui va payer ?

Conséquence de la crise : de nombreux Etats ont conduit des politiques budgétaires expansionnistes. La plupart des pays de l’OCDE devraient enregistrer d’ici 2013 un niveau de dettes publiques supérieures à 100% de leur PIB. Cependant les modèles de financement diffèrent… Pour rassurer les marchés financiers quant au risque de faillite de la Grèce, l’Eurogroupe a donné un mois au gouvernement grec pour adopter des mesures à la hauteur de son déficit. Après la Grèce, à qui le tour ?

Dans le jargon des analystes financiers, le Credit Default Swaps (CDS) est une sorte d’assurance contre le risque de défaut de remboursement d’un crédit. Appliqué aux Etats, cet indicateur mesure le niveau de prime que ceux-ci doivent payer pour emprunter sur les marchés financiers. Plus la santé financière d’un Etat est jugée fragile, plus il devra payer de prime CDS aux prêteurs.

Aujourd’hui, de nombreux pays, qui n’avaient pas de difficultés particulières de financement avant la crise, se voient appliquer des CDS très élevés, en première ligne desquels : le Royaume-Uni, la Grèce, ou encore l’Irlande, le Portugal, la Hongrie, la Pologne pour l’Europe mais aussi le Japon ou la Russie…

« Depuis la crise, tous ces pays ont voté des politiques budgétaires extrêmement expansionnistes. Si on avait une coordination budgétaire internationale, les pays qui ont accumulé le plus d’épargne domestique devraient avoir les dépenses budgétaires les plus fortes. Or ce n’est pas du tout le cas » explique l’économiste Patrick Artus. Les USA, l’Espagne, le Royaume-Uni qui ont un déficit d’épargne ont beaucoup dépensé. Comparativement, la relance budgétaire chinoise a été faible alors que le pays dispose d’une importante épargne.

Le Royaume-Uni illustre ce nouveau symptôme de l’endettement abyssal. Son déficit public devrait atteindre 13,16% du PIB en 2010 contre seulement 2,70 % en 2007 ! « Globalement, la plupart des pays de l’OCDE verront leurs comptes se dégrader jusqu’en 2013 : les dettes publiques seront partout supérieures à 100% du PIB sauf aux Pays-Bas. Le niveau d’endettement est plus modéré et hétérogène dans les pays émergents » précise P. Artus. Le déficit tant que la croissance est vigoureuse n’est pas trop alarmant. Mais lorsque celle-ci est “molle”, comme c’est le cas actuellement, la situation est plus inquiétante… Quant aux financements des déficits, l’Europe et les USA ont “emprunté” deux voies différentes : les bons du Trésor américains continuent à être financés par les pays en développement et les monarchies pétrolières du Golfe. Plus de ¾ des déficits américains sont financés par les banques asiatiques et du Moyen-Orient. En Europe, ce sont les banques centrales nationales (et donc indirectement la BCE auprès de laquelle elles se refinancent) qui absorbent les déficits publics nationaux.

Avec plus de 3000 Mds USD de réserves en Chine et du pétrole sous les pieds pour quelques générations encore dans le Golfe, les bons du Trésor trouveront toujours acquéreurs. En revanche, jusqu’à quel point les banques centrales des Etats européens vont-elles absorber dans leurs bilans ces dettes nationales (Espagne, au Royaume-Uni, en Grèce par exemple) qu’elles refinancent auprès de la banque centrale européenne… ?