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Le commerce international va retrouver son dynamisme, mais...

Pascal Lamy, le directeur de l’OMC évoque une reprise fragile de l’économie mondiale pour 2010. Il met en garde contre la tentation protectionniste des Etats à quelques semaines de la poursuite du round de Doha en mars prochain. Il appelle à une meilleure régulation financière et incite les institutions internationales à mieux prendre en compte les difficultés des pays les “moins avancés” dont la croissance permettra aux économies développées de réussir leur sortie de la crise.

“On a touché le fond, la reprise sera fragile avec moins de contenus en emploi et une énorme bulle d’endettement des Etats qu’il faudra bien payer, signes que l’avenir est encore incertain. Les pays émergents n’ont pas été épargnés par la crise : il n’y a pas eu de “découplage” dans la crise, mais il y aura probablement un découplage dans la reprise. Le rebond du commerce international est plus net pour les pays émergents ».

Attention à la tentation? protectionniste !

Dans un environnement dégradé, P. Lamy met en garde contre le risque protectionniste « légitime en cette période où le marché de l’emploi se dégrade dans la plupart des économies, mais dont on sait désormais qu’il ne protège pas ». Autre grand défi : « trouver le bon équilibre de la régulation financière internationale entre la nécessité d’une régulation et la flexibilité nécessaire aux métiers de la finance… Il n’y a pas de déglobalisation. Le commerce international va retrouver son dynamisme mais avec une certaine décélération et l’apparition probable de “frottements financiers” ». Et P. Lamy de tancer les régulateurs et superviseurs de la finance internationale : « qu’ils fassent la différence entre une lettre de crédit et un dérivé de crédit » !...

« L’impact direct de la crise sur le financement du commerce international, via les crédits commerciaux, a été considérable, plus que nous l’escomptions. En outre la régulation de Bâle n’a pas aidé sur le sujet ». Le Français attire l’attention sur la situation des pays les moins avancés (PMA) et notamment africains qui ont souffert eux aussi de la crise.

« Certains avaient réussi à s’insérer dans l’économie mondiale et ont souffert de l’assèchement du crédit. Les institutions internationales (Banque mondiale, FMI, banques régionales de développement) doivent ouvrir plus vigoureusement leurs financements à cette partie du monde qui risque d’être asséchée. Les assureurs crédits doivent accompagner les entreprises sur ces destinations même si ces pays ne représentent pas aujourd’hui de risques aussi “bancables” que les autres, mais leur croissance sera nécessaire pour la sortie de crise des pays industrialisés. L’Europe, le Japon et les Etats-Unis ont besoin du reste du monde pour sortir de la crise ».
 
Dans l’ensemble, la discipline de l’OMC a été respectée…

« 2009 a été une année noire pour le commerce mondial qui a diminué de 10% en volume soit moins 12% dans les pays développés, et moins 6% dans les pays en développement. Le commerce mondial n’est que la courroie de transmission entre la demande et l’offre, lorsque la demande s’effondre, l’offre s’ajuste, la courroie aussi…»
Ainsi, les produits manufacturés ont chuté de 20% (en volume annuel), -60% pour l’acier, -30% pour les machines industrielles, -30% pour les voitures, un peu moins pour les télécoms avec environ -10% ».

Face à la crise, P. Lamy défend son action : « L’OMC a réuni l’ensemble des acteurs de l’assurance-crédit, banques commerciales, union de Berne, institutions financières internationales et régionales. On a fabriqué ce paquet de 250 Mds USD, béni par le G20 de Londres et qui a profité aux banques régionales de développement, banque asiatique, banque africaine et banque interaméricaine de développement qui ont chacune démontré des capacités de réaction que l’on ne leur prêtait pas toujours ». 

A partir de novembre 2008, « nous avons “radarisé” les politiques commerciales des Etats. Certains ont réagi de manière positive (Indonésie, Mexique, Malaisie), d’autres comme la Russie ont pris des mesures visant à restreindre leurs échanges. Dans l’ensemble, la discipline de l’OMC, pas toujours parfaite, a été respectée à ce jour. L’OMC a joué son rôle de police d’assurance contre le risque protectionniste ».