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La tribune du commerce international

PIB versus BIB : il est urgent de s'occuper du bonheur !

« Ouf, nous voilà entrés dans une nouvelle décennie » c’est ce que nous nous disons dans les entreprises en échangeant nos vœux pour la nouvelle année : « nous allons pouvoir oublier les tumultes des crises financières, les situations sociales bloquées, le chômage en hausse, les vaines escarmouches des partis politiques qui escamotent les vrais problèmes à résoudre, les décisions gouvernementales erratiques qui ne rassurent pas la population ».

Pourtant, nous savons pertinemment que tout ce dont nous souffrons ne va pas s’effacer d’un coup de baguette magique car il faut compter maintenant avec la mondialisation et ses effets ravageurs ressentis en ondes de choc d’un pays à l’autre : la crise financière en a été le premier exemple. Même les financiers nous parlent de la nécessité de réguler le capitalisme. C’est un lieu commun de l’affirmer. Joseph Stiglitz, économiste américain très écouté, se demande comment sauver la mondialisation d’elle-même : « le problème, dans le système économique international actuel de gouvernance sans gouvernement, est qu’il n’existe pas de moyens efficaces pour collecter les ressources nécessaires au financement de biens publics mondiaux. Keynes avait en effet compris dès les années 40 » fait-il remarquer « que la création d’un nouveau système global de réserve, à l’aide d’une monnaie internationale était la réponse fondamentale à l’instabilité financière… et  Keynes n’est-il pas celui qui a permis de sauver le capitalisme de lui-même à la suite de la crise de 29 ? ». Le sociologue Jean-Claude Kaufmann,  avance que « les modèles économiques  possèdent seulement une petite part de vérité. Les modèles mathématiques sont des schémas idéaux, impossibles à atteindre totalement ».

Mais, alors, peut-on continuer de mesurer la richesse en s’appuyant sur les mêmes statistiques alors que nous nous interrogeons sur notre mode de production et sur l’urgence écologique ? Peut-on garder les yeux rivés sur les seuls effets de yoyo du PIB, LE maître dictant notre autosatisfaction économique ? Il faut bien imaginer nous attaquer à un changement dans nos comportements et nos façons de penser et sortir de la vision restrictive d’une approche uniquement quantitative.

Comment aller dans le sens du progrès économique si on ne se préoccupe pas des humains. Deux prix Nobel d’économie, l’Indien Amartya Sen et l’Américain Joseph Stiglitz que nous venons de citer, entourés d’une vingtaine d’experts ont été chargés par le Président Sarkozy, de réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale. Le rapport Stiglitz, produit de leurs réflexions, préconise de prendre en compte les notions de bien-être et la réalité des inégalités dans le calcul d’une richesse économique durable. Le problème est profond. « La crise nous interroge sur le sens d’inégalités invraisemblables, sur la hiérarchie des valeurs de notre civilisation, sur la maladie matérialiste d’un univers de marchandises intronisé horizon de notre existence Et, sur ce qui est la source de tout, ce modèle bizarre d’un individu égoïste et calculateur, installé comme une évidence ». Et la question est lâchée : « Imagine-t-on pouvoir construire une civilisation rayonnante sur la base de l’égoïsme ? »

Il est limité celui qui ne cherche le bonheur que dans la consommation. Le bonheur n’est pas solitaire mais solidaire. Mais alors, comment imaginons-nous être capables de fortifier le BIB, le Bonheur intérieur Brut d’un pays et selon quels critères ? Ce bien-être assuré pour tous les citoyens est multiforme et difficile à décréter. Son socle est facilement définissable dans le sens où, au contraire d’une attitude individualiste, il favorise le partage et l’entraide. L’engouement pour les réseaux sociaux en est un exemple frappant. A quoi servent les initiatives de groupes constitués autour d’une idée, d’une appartenance, d’un partage, sinon à échanger des idées pour construire et faire avancer des projets mieux compris, car pourquoi  tout attendre des Etats, alors que les initiatives individuelles partant de la base, sont si riches. A titre d’exemple, la pénurie annoncée des énergies fossiles force le développement du green business et oblige à la recherche et à l’innovation. Une révolution donc à penser et vivre, comme l’a été celle de la machine à vapeur ou l’avènement de l’informatique.

Comment définir les critères de ce bonheur que nous cherchons, donner de la réalité à ce fameux BIB ? La mondialisation fait changer nos raisonnements, nous oriente, nous domine. L’économie n’est pas limitée aux frontières d’un pays. Il serait utopique de s’obstiner à ne chercher que le petit bonheur franco-français, celui qui ne dépasserait surtout pas les limites de l’hexagone. On a aussi besoin de définir des critères mesurables dans tous les pays du monde pour établir un échelle de référence.
Dans nos sociétés forcément interdépendantes, de nouvelles organisations du travail, de santé, de l’espace, devront être mises en place en vue d’une meilleure qualité de vie : grand chantier en perspective pour la décennie 2010 …

Nicole Hoffmeister