Marchés : la Turquie
Turquie : opération séduction d'une économie dynamique
L’esprit de Noël planait déjà au-dessus du Sénat, où se tenait le 7 décembre dernier la journée de conférences consacrées à l’ “Etat et perspectives des investissements France-Turquie”, organisée par le bureau parisien de l’agence turque “Invest in Turkey”, représentée en France par François Bernard.
Sur l’estrade de l’auditorium étaient réunis des interlocuteurs de choix pour présenter la Turquie aux investisseurs français et pour dire tout le bien qu’ils pensaient de ce pays émergeant à fort potentiel. Mehmet Simsek, ministre des finances turc avait ainsi fait le déplacement. Le sénateur Jacques Blanc, président du groupe d’amitié France-Turquie annonce déjà, au ministre turc qu’il accueille, un « retour de la confiance entre les deux états, au-delà des vicissitudes » et recommande d’oublier pour cet après-midi « les prises de position inquiètes, abruptes et blessantes qui suscitent des sur-réactions publiques ». Soit.
Les tergiversations européennes depuis 1999 quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union ? Evacuées puisque « les voies de l’Union européenne s’imposeront demain comme une évidence » pour la Turquie, selon Jacques Blanc. Mehmet Simsek acquiesce et rappelle les « relations intenses et fortes entre la France et la Turquie ». Pour lui, la « clé du succès, c’est d’éviter les rhétoriques populistes ». « Il est dans l’intérêt de nos deux pays d’établir des relations sur le long terme », poursuit-il. Surtout, comme il le précise, que « la Turquie présente tous les éléments pour assurer une croissance forte dans 30 ans ».
En clair, il ne faudrait pas que la France manque le coche. Ce serait dommage, alors que la Turquie qui compte 20 millions d’étudiants pourrait être le pays disposant de la plus importante population active d’Europe, jusqu’en 2030. Deuxième investisseur en stock et 9e en flux, la France s’est déjà laissé devancer par d’autres pays (entre 2002 et 2006, elle était 6e investisseur en flux). Aujourd’hui, 849 entreprises françaises s’y sont déjà implantées (contre 15 en 1989) sur les 23000 à capitaux étrangers. « Il y a une résistance culturelle française, tournée davantage vers les pays d’Afrique », considère Jacques Blanc. « Il y a un fossé entre les préjugés et la réalité, analyse le ministre turc. Ce sont les hommes d’affaires qui combleront ce fossé. »
Chiffres à l’appui, Alpaslan Korkmaz, président de l’agence Invest in Turkey démontre le potentiel de la Turquie : 7% de croissance sur les 6 dernières années, 15e plus grande économie du monde, 15e pays en attractivité d’IDE, une inflation jugulée à 5% par an (elle atteignait 3 chiffres il y a encore quelques années). La Turquie devrait clôturer l’année avec une croissance de 3,5% malgré la crise « grâce à l’assainissement du secteur bancaire » assure Mehmet Simsek. Mais gare à « la volatilité de l’économie turque », prévient Yves Zlotowski, économiste en chef à la Coface, marquée par des envolées du PIB et des rechutes toutes aussi violentes.
A titre d’exemple : au premier trimestre 2009, la croissance accusait un recul de 14%. « La vulnérabilité de la livre turque est décroissante mais reste forte, explique-t-il. Les entreprises ont dû s’endetter pour faire face au boom économique, elles se sont endettées en devises étrangères ». Le déficit courant reste inquiétant « ce n’est pas sûr que la situation s’améliore en 2010 ». Mais l’économiste relève un « bon taux de récupération », « il y a très peu d’impayés secs » poursuit-il. « Car, les entreprises ont accumulé une grande expérience de l’international, ce sont souvent des entreprises familiales qui ont à cœur, pour leur réputation, de régler leurs dettes. Et puis, elles ont déjà essuyé d’autres crises… »
Et pour les entreprises qui voient déjà dans la Turquie une terre d’expansion ou d’accueil, les secteurs de prédilections ne manquent pas. Parmi ceux-ci, les nouvelles technologies, secteur qui affiche une croissance de 20%, le textile avec une montée en gamme des biens produits en Turquie, et l’environnement, devenu un enjeu européen et une priorité pour les bailleurs de fonds.
Jean-Marc Armitano, président d’Eole RES, entreprise qui a installé 10% du parc éolien en France est parti à la conquête de la Turquie « Il y a encore deux ans, je méconnaissais ce pays et j’y ai découvert une économique dynamique ».
