Analyse
2010 : entre croissance molle et reprise asiatique
« L’ampleur et la puissance des mesures de relances publiques réalisées par les Etats dans le monde nous ont permis échapper au risque d’une absence de reprise pour 2010 » explique Valérie Plagnol, l’économiste en chef du CIC et membre du Conseil d’Analyse Economique du Gouvernement. V. Plagnol n’anticipe pas un rebond spectaculaire avec une reprise en V, en tout cas pas en Europe, mais plutôt un scénario d’une reprise en “racine carrée”.
Seules les zones asiatiques connaîtront cette année une croissance forte, ce qui entraîne des risques inflationnistes importants. « L’un des enseignements de cette crise est la reconnaissance, au sein du gotha économique représenté par le G20, de la contribution majeure des pays émergents » explique V. Plagnol. Ce tournant historique va probablement inaugurer un nouveau rapport de force qui a été bien compris à Copenhague, la Chine ayant fait sentir tout son poids actuel malgré les efforts concertés des grandes nations.
« La transmission progressive de la reprise orchestrée par la dépense publique vers l’investissement sera lente ».
« Les perspectives d’activités pour les mois qui viennent sont solides. Le niveau des stocks dans l’industrie reste très bas, on pense même que le niveau global des stocks va continuer à s’ajuster à la baisse, alors que dans l’autre sens, les indicateurs de production sont au vert. On repasse à un cycle de croissance de production qui mettra quelques mois à s’installer mais qui permet d’être optimiste sur l’activité ».
« Quand on analyse froidement les chiffres, l’efficacité des mesures publiques, sur les ventes d’automobiles par exemple ont été indéniablement spectaculaires. Les secteurs qui ont pu en bénéficier ont connu une embellie salvatrice durable qui a été un véritable moteur économique ». Le problème est que ces mesures vont coûter très cher. « Pour 2009 aux USA, le déficit sera de 11% du PIB national et en zone euro on sera entre 6 à 7% du PIB voir plus dans des pays comme la France. Le service de la dette va se télescoper avec la pyramide des âges et celle des dépenses sociales, ce qui va encore complexifier le remboursement. Pour conserver les critères de Maastricht, c’est-à-dire moins de 60% d’endettement par rapport au PIB, il faudra faire des efforts très importants sans quoi l’endettement de la zone euro sera de plus de 100% du PIB dès 2014. Les efforts à fournir pour revenir dans les ratios doivent être de plus 1% par an de réduction budgétaire. Ce ne sont pas des mesures impossibles, mais elles vont être impopulaires et demander beaucoup d’efforts ».
La consommation américaine n’est plus le moteur de la croissance mondiale
« Des incertitudes subsistent pour 2010 dans de nombreux pays à commencer par les Etats-Unis où la stabilisation des mises en chantier sur le marché immobilier s’est faite à un niveau bas. 570 000 mises en chantier contre 2 millions il y a 2 ans ! Un chiffre qui ne risque pas d’augmenter car il reste l’équivalent de 11 mois de production de logements en attente de preneur. Il faut rapprocher cette analyse de l’augmentation du niveau de l’épargne, qui était arrivé à un niveau proche de zéro par rapport au revenu disponible. En 2009 les Américains ont fait progresser leur niveau d’épargne aux alentours de 5% et vont probablement aller jusqu’à des niveaux de 8%. Dans cette situation, il ne faudra pas compter sur une reprise de la consommation américaine pour tirer le commerce mondial ».
Sur la parité euro-dollar, Valérie Plagnol croit que le Dollar reste une devise de réserve, la rémunération de la devise américaine qui est très faible entraîne des phénomènes de carry-trade : on emprunte en dollar pour placer dans une autre devise. Ces phénomènes ont pour conséquence des risques de volatilité très importants. « Je pense qu’on est arrivé à un plancher historique, la volonté de nombreux pays de limiter la baisse du dollar crée un socle de résistance qui ne devrait pas céder ».
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