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Retour sur le Forum international

Winsoft : ses logiciels font le tour du monde


Pierre Blangero, Kamel Gaddas et son épouse, cofondateurs de Winsoft.

Permettre à des utilisateurs arabes, japonais ou encore chinois d’utiliser des logiciels élaborés en Occident : c’est le pari (un peu fou à l’époque !) de Winsoft. La Pme iséroise, membre du cluster Edit, réalise 85 % de son CA à l’export en éditant et rééditant des logiciels en direction du Moyen-Orient, de l’Asie, de l’Europe de l’Est et d’autres pays aux langues dites « rares ».

Il est une évidence : « Partout à travers le monde, pour pouvoir communiquer, les gens ont accepté de faire des compromis avec leur langue, leur culture, sans toutefois l’oublier, mais par facilité ! » explique Kamel Gaddas, Dg et cofondateur de Winsoft. « Sur Facebook par exemple, on voit des internautes écrire l’arabe en lettres romanes ; c’est très étrange… et déroutant ! ». Un exemple qui illustre la vocation de Winsoft  : permettre à tout un chacun, quelles que soient sa langue ou sa culture, d’avoir accès et d’utiliser un logiciel (sans avoir à en contourner les règles).

Tout commence en 1985 et l’arrivée du Macintosh, le fameux “Mac” largement démocratisé aujourd’hui ! A l’époque, la marque à la Pomme est largement décriée dans l’univers informatique. On parle de “gadget” sans avenir. Contre toute attente, Kamel Gaddas et son ami Pierre Blangero (ndlr actuel président de la société), fondent Winsoft et commencent à créer des logiciels destinés à une utilisation … sur Macintosh. « A l’époque, Macintosh c’était entre 12 et 16 % du marché. On a surfé sur cette vague et ça nous a portés très haut ! » poursuit K. Gaddas.

« A l’époque, en France, être éditeur de logiciel, c’était une tare ! »

Premier succès : Wintype, un logiciel pour apprendre à taper avec ses dix doigts ! Le produit est vendu par correspondance, à un prix très accessible. Winsoft marque un point auprès du (futur) géant Apple et ancre sa collaboration avec la marque US. Deux ans plus tard, la Pme s’attaque à Wintext : un logiciel de traitement de texte “basique” qu’elle va rendre utilisable sur tout le Moyen-Orient. Les origines tunisiennes de Kamel Gaddas et la bonne connaissance de la zone par Pierre Blangero, sont de vrais atouts dans ces premiers pas à l’export. Wintext est par exemple adapté pour pouvoir accueillir une écriture bi-directionnelle (de droite à gauche et vice versa), ainsi que l’alphabet arabe. Travaillant toujours pour le compte d’Apple, la Pme (passée entre temps de 2 à 20 salariés) s’attaque au marché nippon.

Pendant 4 ans, la version japonaise de Wintext s’arrache dans le réseau de grandes surfaces dédiées au logiciel. Puis Winsoft s’intéresse au système PC et se met à traduire des logiciels de traitement de texte MS DOS. Un état de grâce avant que la concurrence ne se réveille, notamment en provenance du Japon et des Etats-Unis. La Pme se heurte alors à des difficultés de croissance : « à l’époque, en France, être éditeur de logiciel, c’était une tare ! » s’exclame Kamel Gaddas. « On faisait de l’immatériel, et cela nos banques ne le comprenaient pas ! Du coup, on a pris le taureau par les cornes et on s’est tournés vers le marché US ». Ils gagnent un nouveau client, Algus (racheté par la suite par Adobe) pour qui ils rééditent Page Maker (précurseur de Quark et In Design) en direction du marché arabe ; un marché sur lequel le produit ne décollait pas. Succès inespéré. Puis Winsoft réédite pour son compte  les logiciels des éditeurs US (Photoshop et autres Acrobat…)

Dans les langues complexes (chinois, japonais), la traduction ne suffit pas

Aujourd’hui, Winsoft  réalise 99 % de son CA à l’export en adoptant des logiciels US aux marchés : Moyen-Orient, Israël, Europe de l’Est, Turquie, Grèce ou encore Russie. « Mais attention, on ne fait pas de traduction » ! précise K. Gaddas, « mais de l’ingénierie. Notre rôle, ce n’est pas de “traduire” un logiciel, mais de lui permettre de travailler dans une autre langue. Notre métier, c’est entrer dans le code du logiciel et le rendre compatible avec la langue russe, arabe… C’est ce qu’on appelle la “globalisation” (ndlr à savoir rendre un logiciel compatible avec une autre langue), différente de la « traduction » de logiciel à proprement parler (qui signifie traduire le manuel d’utilisation, le message d’erreur, l’utilisation des bonnes devises…). « Dans les langues complexes (chinois, japonais), la traduction ne suffit pas. »

Concernant le marché de la globalisation des logiciels, « il y aura toujours de la place pour les gens qui veulent travailler dans leur langue. Et ces utilisateurs auront toujours besoin d’outils plus performants. »

Aujourd’hui, Winsoft emploie plus de 55 personnes au siège, près de Grenoble. La société compte également une start-up en Israel (Konolive), une filiale tunisienne, un bureau de représentation au Qatar et ouvrira dès le 1er janvier un bureau de représentation à Dubaï. Glo-ba-li-sa-tion !

Céline Guiral