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2010 : une croissance à obstacles

2010 marquera la reprise. La croissance mondiale, estimée entre 2,7% (Coface) et 3,9% (FMI) est découplée : vigoureuse dans les pays émergents et “molle” dans les pays développés. Mais de nombreuses perturbations apparaissent
à l’horizon… Telles sont les conclusions du dernier colloque Risque pays Coface.


“Après son terrible choc, le malade va mieux, il entre en convalescence, mais une rechute n’est pas à exclure. Il faut être vigilant. Il lui faudra un certain temps avant de reprendre une activité normale ». Tel est le diagnostic médical de l’économie mondiale en ce début d’année 2010.

On le pressentait depuis quelques mois, les opérateurs économiques, entreprises, transporteurs, assureurs, factors et économistes ressentaient de légers frémissements de l’activité çà et là (principalement en Asie), sans toutefois qu’aucun ne se risque à parler de fin de crise ou de retour à une croissance vigoureuse… Le 18 janvier dernier, lors de son colloque annuel sur les Risques Pays, l’assureur Coface a annoncé ses prévisions pour 2010 : une croissance mondiale de 2,7% (fin janvier, le FMI a relevé ses prévisions à 3,9%), soit 1,4% dans les pays industrialisés (1,3% pour la France, 1,8% pour l’Allemagne, 0,9% pour la zone euro, 1,8% aux Etats-Unis) et 5,3% dans les pays émergents. Toutes les analyses convergent : ce sont les “émergents”, Chine en tête (10% de croissance pour 2010 selon la banque chinoise SCB), qui tireront la croissance mondiale.
« Il n’y a pas eu de “découplage” dans la crise mais il y aura probablement un découplage dans la reprise. Le rebond du commerce international est plus net pour les pays émergents » analyse Pascal Lamy, directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC, lire p 32). Même écho de la part de François Heisbourg, conseiller spécial, Fondation pour la Recherche Stratégique : « Aujourd’hui, les pays industrialisés, USA, UE, Japon ne représentent plus qu’environ 50% du PIB mondial. On assiste à un véritable découplage entre la vitesse de la reprise chez les émergents et la reprise ralentie des pays industrialisés ». Chez les émergents, le Brésil sort grandi. « Le pays a connu des chocs répétés depuis le début des années 80. Il est habitué à se préparer à la prochaine crise » commente Alexandre C. Lintz, économiste en chef pour la zone Amérique latine BNP Parisbas à Saõ Paulo. La banque centrale régule fortement le système bancaire qui n’a pas connu de faillites d’établissements. Une capacité de résistance qui a contribué « à changer le regard de la  communauté internationale vis-à-vis du pays ».

A l’exception des “PIGS”, la situation des pays industrialisés s’améliore

Globalement, la situation s’améliore. Coface a constaté la fin de la crise globale de crédit en fin d’année 2009. Après avoir procédé à de nombreuses vagues de déclassements tout au long de la crise, l’assureur assouplit ses prévisions sur tous les pays industrialisés (cf tableau) à l’exception du Royaume-Uni, de l’Italie et des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne) dont les notes demeurent A3 avec une surveillance négative. Les grandes économies voient leurs notes s’améliorer (levée de la surveillance négative sur les USA, surveillance positive pour la plupart des pays industrialisés) qui ne retrouvent pas cependant, à l’heure actuelle, leur notation d’avant crise. Pour nombre d’entre eux, la demande privée est en panne (cf exemple des USA p 34), la reprise ne tient qu’aux plans de relance et donc à la demande publique…

Car si retour à la croissance il y a, de nombreuses perturbations se manifestent. Au premier rang desquelles l’endettement des Etats, « qui sera supérieur à 100% du PIB d’ici 2013 dans la plupart des pays de l’OCDE» analyse l’économiste Patrick Artus (cf p 33). Ce n’est pas tant le risque de défaillance des Etats (scénario à l’Islandaise !) que les économistes redoutent, mais davantage la nécessité pour ces pays d’appliquer des politiques de restrictions budgétaires, après avoir laissé filer leurs dépenses au travers des plans de relance, ce qui pèserait sur l’activité des entreprises.

Ainsi, Yves Zlotowski, économiste en Chef de Coface pointe la forte dégradation des finances publiques des PIGS, pays qui resteront en récession en 2010. « Sur la période 2007/2010, la progression de la dette publique atteindra + 27,5% au Portugal, + 37,8% en Espagne,  +   39,9% en Grèce,  + 44% au Royaume-Uni et  + 71,1% en Irlande. Il y a toujours le risque que les marchés poussent ces Etats à réduire leurs dépenses et donc empêchent le retour à la croissance », raison pour laquelle l’assureur a placé sous surveillance négative A3 les notes de ce groupe de pays.

“Les bulles se reforment à une vitesse stupéfiante”

Autre écueil qui pourrait fragiliser le retour de la croissance : le risque de surchauffe chinoise qui n’est pas nouveau mais qui menace toujours. Pour limiter les surcapacités dans certains secteurs industriels, les autorités chinoises, adeptes de la politique du “stop & go”, paraissent prêtes à limiter le crédit (cf p 35), ce qui pourrait déstabiliser les entreprises les plus fragiles, et relancer le risque d’impayé régional. Troisième risque à suivre : la reconstitution de bulles financières (marchés boursiers et cours des matières premières) qui menace les économies des pays industrialisés. « La fin de la crise matérialisée par le déclin des impayés, ne signifie pas l’élimination de tous les risques. Les bulles, à l’origine de toutes les crises observées, se reforment à une vitesse stupéfiante » observe François David, président de Coface.

Gunter Capelle-Blancard, économiste et professeur à la Sorbonne, met en garde contre le risque d’une bulle “green business”, tant les investissements se bousculent dans ce secteur. L’éclatement de ces bulles pourrait provoquer de nouveaux chocs négatifs pour les entreprises. « Une rechute toucherait des entreprises dont beaucoup sont désormais très fragilisées après deux années de sous activité » résume-t-on chez Coface. Cependant, plutôt qu’un scénario en “W”, l’assureur anticipe une reprise molle “en L penché” sans rechute d’activité.