La tribune du commerce international
| Coface se lance dans la notation sollicitée |
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L’assureur français aux quatre métiers (information d’entreprise, assurance crédit, affacturage, gestion de créances) fait un nouveau pari en lançant une notation d’entreprise sollicitée, alternative à celles des agences traditionnelles. Sa cible : les Pme et les marchés émergents. Encore en phase de test, l’offre sera commercialisée d’ici la fin de l’année. Notation d’entreprise sollicitée, quel intérêt pour les Pme ? Dans le vocabulaire des agences de notation (qui notent aussi bien des Etats, des banques, des produits financiers que des entreprises), il existe deux grandes familles de notations : les notations sollicitées et les notations non sollicitées. Dans le cas d’une notation d’entreprise, une notation sollicitée sera obtenue en dialogue avec ses dirigeants alors qu’une notation non sollicitée peut être réalisée sans l’accord de l’entreprise. L’intérêt d’une notation sollicitée est double : l’entreprise peut demander à ses fournisseurs de se faire noter pour valider leur solidité financière. A l’inverse, elle peut solliciter une notation pour convaincre une entreprise étrangère ou un investisseur de travailler avec elle. En pratique, seules les très grandes entreprises cotées trouvent un intérêt à être notées. En revanche, les Pme “traditionnelles” ne demandent pas de notation financière car elles n’émettent pas d’obligations ni de billets de trésorerie. De plus, il n’est pas dans leurs habitudes de jouer la carte de la transparence ! Mais l’incertitude économique du moment les oblige à changer de comportement pour réduire leurs risques opérationnels. En cette période de crise du crédit inter-entreprises, « la cinquième depuis le premier choc pétrolier » rappelle Jérôme Cazes, directeur général de Coface, de nombreuses entreprises veulent inspirer confiance, montrer “patte blanche” à leurs fournisseurs qui leur font crédit. Mais elles n’ont pas toujours les instruments pour le faire. « Les entreprises doivent inspirer confiance à leurs partenaires. Notre notation peut les aider dans cette quête de transparence ». « La notation sollicitée que nous leur proposerons peut les aider dans ce sens en associant à leur évaluation interne notre expertise externe de professionnel du risque ». Pour Coface, ce nouveau métier est une « évolution “lourde”, très positive qui implique déjà l’ensemble de nos services » explique J. Cazes, qui a une longue expérience de la notation. Il a lancé en 2000 le score @rating, notation d’entreprise non sollicitée dont le principe a été depuis, repris et adapté par l’ensemble de ses concurrents. Coface saisit l’opportunité liée au débat actuel sur le système mondial de notation. La crise des subprimes a permis de dévoiler au grand jour les dérives et dysfonctionnements du système de notation mondial organisé autour des trois principales agences, les “big 3” : Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s. Aujourd’hui, ces modèles sont remis en cause par les garants des marchés financiers (SEC aux Etats-Unis, AMF en France) et les Etats qui souhaitent l’entrée sur le marché de nouveaux “notateurs” proposant d’autres business modèles. Jérôme Cazes ne s’est pas fait prier. « Nous ne notons que des risques que nous serions prêts à assurer … » Le pari de J. Cazes : convaincre les petites et moyennes entreprises de l’intérêt d’une notation. « Il existe des dizaines de milliers d’entreprises qui ont la taille suffisante pour envisager de consolider leur relation avec leur banque et/ou avec leurs fournisseurs, soit inspirer confiance à des partenaires stratégiques à travers une notation ». Le coût d’une notation pour une Pme qui n’a pas de filiale sera de 4000 euros, « ce qui peut paraître cher pour qui n’a pas l’habitude de se faire noter, mais c’est environ 10 fois moins cher qu’une notation classique chez S&P ou Moody’s par exemple ». Et si ces 4000 euros investis dans une notation apportent une assurance supplémentaire au partenaire au moment de négocier un contrat de 300 000 euros… Le jeu en vaut peut-être la chandelle… « En outre, la construction de notre notation ne prendra que peu de temps au dirigeant de l’entreprise » précise J. Cazes. L’entreprise est libre de l’usage de sa notation. « Elle peut décider de la communiquer à un seul partenaire stratégique, à un ou à l’ensemble de ses fournisseurs, elle peut également la rendre publique. On donne une note et un rapport, l’entreprise en fait ce qu’elle veut ! Nous pensons que cette offre est assez bien adaptée à la Pme qui a une culture “sélective” de la transparence ». Ainsi, une entreprise qui a plusieurs filiales à l’étranger pourra, si elle le souhaite, demander une notation sur une seule de ses filiales ou sur l’ensemble de ses structures, selon ses intérêts stratégiques du moment. « Lorsqu’une Pme a des lignes fournisseurs de 1 ou 2 millions d’euros ou des partenariats stratégiques avec des risques de plusieurs centaines de milliers d’euros, une notation vaut la peine. De nombreuses entreprises sont dans cette situation ». Pme et pays émergents, un marché en devenir. Les “big 3” de la notation n’ont pratiquement pas de notes sur les marchés émergents. Ils font leur chiffre d’affaires sur les principaux marchés obligataires, c’est-à-dire aux USA pour trois quarts et en Europe. Coface veut se positionner là où le business se fait, raison pour laquelle les premiers tests ont été réalisés en Chine. « Nous sommes sur le financier, mais nous travaillons aussi sur les relations commerciales des entreprises » rappelle J. Cazes, « nous savons noter, à un coût industriel que l’on maîtrise parfaitement, des sociétés en France, en Allemagne, au Japon et dans les pays émergents ». L’assureur français se retrouve donc seul acteur d’un marché en devenir : « Aujourd’hui, le marché n’est pas encore mature car seules les grandes sociétés achètent des notations ». Mais il va s’ouvrir, les relations inter-entreprises nécessitant davantage de transparence. « Les grandes agences n’ont pas les coûts de production pour servir ce marché de la Pme, nous serons donc les précurseurs, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte. Nous nous retrouvons dans la même situtation qu’en 2000 lorsque nous avons lancé la notation d’entreprise non sollicitée. Aujourd’hui, nos concurrents ont chacun leur système de notation non sollicitée. Nous avons un temps d’avance puisque notre score @rating est accrédité Bâle II avec l’agrément ECAI (External Credit Assessment Institution). Il en sera de même pour la notation d’entreprise sollicitée ! » L’autre objectif pour Coface est qualitatif : « Nos notations internes existaient avant 2000, le fait de les rendre publiques avec l’@rating, de justifier nos process à la fois à nos clients et aux régulateurs, nous a fait progresser qualitativement. Aujourd’hui, le dialogue avec les entreprises qui souhaitent se faire noter va nous amener à justifier de nouveau nos méthodes de travail et donc nous permettre encore de progresser dans l’approche qualitative de nos métiers. Nous avons la culture du risque, nous avons également la culture du dialogue avec l’entreprise ! ». Sylvain Etaix Information, inspection et arbitrage du risque Repères…
« La crise du crédit aux Etats-Unis va commencer à s’essouffler » |
