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C’est aussi l’illustration même du rééquilibrage de l’économie mondiale. Auparavant, ces négociations étaient totalement dominées par les Américains qui imposaient leurs lois alors que les Européens essayaient péniblement de parler d’une seule voix. Aujourd’hui le nouvel équilibre des forces permet à des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil de constituer des lobbys suffisamment puissants défendant des positions contraires à celles des deux super puissances et notamment des Américains, dont le modèle économique est largement battu en brèche dans la situation actuelle. Pour pallier l’échec de consensus général, de nombreux accords bilatéraux entre groupes de pays, ou de pression, voient le jour. Ces accords bilatéraux, devenus prépondérants, risquent de supplanter ceux de l’OMC et donc fragiliser le dispositif économique mondial en le rendant, de fait, plus chaotique.
Le danger d’un clivage Nord/Sud trop marqué Les conséquences pour les entreprises françaises sont multiples. La première est le risque fort de disparité de traitement d’une entreprise à l’autre avec des concurrents qui n’appartiendraient pas à notre zone d’influence. Ceci peut avoir des conséquences tout particulièrement entre pays émergents. Le Brésil, par exemple, progresse très vite mais conserve des coûts de main d’œuvre très compétitifs. S’il bénéficiait d’un accord tarifaire privilégié avec la Chine, sa compétitivité sur ce marché le rendrait imbattable. Le 2e risque est la recrudescence des barrières non tarifaires et donc d’un protectionnisme latent des Etats dont les marchés sont les plus dynamiques. En effet, l’établissement de ces barrières leur permet de mieux contrôler les flux économiques. Le 3e risque est d’instituer un clivage Nord/Sud trop important qui pourrait conduire à des scissions et des comportements qui auraient des conséquences sur des dizaines d’années. N’oublions pas que la croissance mondiale est presque exclusivement localisée dans le Sud, et ce, pour de nombreuses années. Instituer de fait une négociation bipolaire est un choix dangereux pour notre avenir. Enfin, Doha aurait pu contenir un début d’accord pour le secteur des services, grand absent des textes produits par l’OMC. Ce secteur est stratégiquement important pour nous, Français, qui avons connu une importante mutation de notre économie, de plus en plus tertiarisée. Un aboutissement des négociations avant les élections américaines de novembre est très improbable. L’objectif des Européens sera de préparer un texte consensuel pour début 2009. Pascal Lamy a obtenu de Suzan Schwab, la représentante des Etats-Unis pour le Commerce Extérieur, la reprise des négociations en groupe restreint sur une base d’avancées possibles, comme par exemple l’épineux sujet du protectionnisme étatique dans le domaine agricole.
M.Hoffmeister
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